Feuilles de route territoriales des solidarités : Sophie Hervé en appelle à renforcer la prévention des urgences afin d’éviter au maximum les futures urgences…

Feuilles de route territoriales des solidarités : Sophie Hervé en appelle à renforcer la prévention des urgences afin d’éviter au maximum les futures urgences…

Le Conseil départemental du 19 juin devait adopter, sans en débattre à ce stade, des feuilles de route assignées à chaque équipe territoriale en charge des solidarités départementales en Seine-Maritime. Des objectifs définis notamment à partir du bilan des Projets sociaux de territoire (PST) et du travail partenarial engagé avec les autres acteurs des solidarités locales. Si les élus de la Gauche combative, communiste et républicaine soutiennent ces feuilles de route, en revanche ils ont demandé un débat public avant de les adopter.

L’occasion pour Sophie Hervé de demander le rétablissement du réseau des professionnels de santé dans les établissements scolaires, de souligner que les travailleurs sociaux n’avaient plus assez de temps pour accompagner les personnes et familles en vulnérabilité parce que « ces dernières années, a été privilégiée la gestion des urgences sur la prévention des urgences. Au lieu de faire les deux », et de rappeler qu’« un travailleur social ce n’est pas un coût, c’est un investissement pour la commune, et la société » afin d’appeler au renforcement de leurs effectifs. Une intervention au cours de laquelle elle a également demandé, au nom de son groupe, que le financement des Centres sociaux locaux soient garantis et pas seulement à travers des appels à projets ponctuels.

« Madame la Vice-présidente,

Ce rapport rappelle, à juste titre et en le démontrant à partir notamment du bilan des Projets sociaux de territoire (PST), l’importance du travail partenarial afin d’œuvrer au plus juste des besoins à couvrir sur l’ensemble des champs de solidarité.

Et ce sur tous les territoires du département, parce que, en effet, il faut faire du sur-mesure en fonction des problématiques sociales spécifiques à chacun de nos territoires.

Ainsi, on le dit souvent le Département est le chef de file de ces solidarités, mais encore faut-il pour se faire qu’une file soit encore possible à former !! Or, ce rapport arrive dans un contexte délétère et anxiogène.

En effet les communes sont maltraitées financièrement, comme les départements d’ailleurs, par des gouvernements Macron successifs qui n’arrêtent pas de leur appuyer la tête sous l’eau.

Dernières mesures en date : d’une part la création du DILICO, cette contribution forcée supplémentaire ponctionnée sur la fiscalité locale au titre du redressement des finances de l’Etat, qui d’ailleurs ne se redressent pas parce qu’on ne va pas chercher les recettes nécessaires là où elles se trouvent à profusion…

Et d’autre part, la baisse des crédits de l’Etat affectés à la Politique de la Ville, alors même que les programmations 2025 des contrats de ville sont déjà engagées.

Comment dans ces conditions permettre aux communes à travers leur CCAS d’être en mesure de répondre, aux côtés du Département, aux problématiques sociales – et sanitaires d’ailleurs – auxquelles sont confrontés les habitants ? Des situations sociales de plus en plus prégnantes et de plus en plus complexes !

Pour ne citer que la commune de Gonfreville l’Orcher sur mon canton, c’est 750.000€ de DILICO et 14.000€ de crédits politique de la ville qui viennent de lui être supprimés en quelques jours et alors que son budget a déjà été voté.

Or Gonfreville, c’est la commune où la population est la plus pauvre de toute la métropole havraise avec un revenu moyen de 25% inférieur à la moyenne et avec un QPV (quartier prioritaire de la politique de la ville) qui couvre la moitié de la ville.

Mais peut-être que leur étape suivante, se sera tout simplement la fin des CCAS, avant la fin des départements…

Puisqu’il faut tout simplifier n’est-ce pas ? Simplification… Le maitre mot des gouvernementaux… Simplifier jusqu’à l’outrance sans s’apercevoir qu’à ce petit jeu nocif vous trouverez toujours certains pour simplifier encore plus que vous ne le faites…

La mission Roquelaure a ainsi été commandée fin avril pour simplifier l’action sociale. C’est sûr, la priorité en matière d’action sociale ce n’est pas de couvrir les besoins, de mettre un terme à la spirale de la pauvreté, à l’explosion de la précarité… Non, la priorité serait donc de simplifier.

Et que faudrait-il simplifier ? L’obligation des CCAS ! Ben voyons… On marche sur la tête.

Il n’empêche, les CCAS sont affaiblis. Comme le sont les centres sociaux, autre précieux partenaires. Il y a belle lurette que les centres sociaux ne peuvent plus compter sur la participation de l’Etat à la hauteur de leur utilité. Mais désormais, et je me permets de le signaler ici, le mode de financement que nous mettons trop souvent en œuvre à travers la logique des appels à projets fragilise aussi nos centres sociaux.

Ils ont besoin de financement structurel et pérenne, autant si ce n’est plus que des financements ponctuels qu’ils obtiennent avec les appels à projets.

A la lecture de ce rapport, je pense qu’il faut aussi nous mobiliser fortement auprès de l’Etat pour exiger le rétablissement du réseau des professionnels de santé dans les établissements scolaires : médecins, infirmières, psy…

J’avais écrit ces lignes avant le drame épouvantable de Nogent survenu le 10 juin, un drame qui constitue une alerte de plus, aux conséquences horrifiantes, sur les souffrances psychiques au sein de la jeunesse et des jeunes adultes, – troubles dépressifs, affectifs ou anxieux, conditionnement aux réactions de violence etc. -, qui se sont accentués depuis le Covid.

La déliquescence de ce réseau qui a été un choix politique dicté il y a quelques années maintenant par une logique d’économie budgétaire, pose un vrai problème et constitue aujourd’hui un chainon manquant pourtant indispensable sur la chaine des solidarités.

Et pas qu’en matière de prévention et d’accès aux soins, en terme aussi de détection/prévention des violences intra-familiales (VIF), des addictions, des situations de détresse sociale…

Un chainon que personne, et en tout cas pas le Département et les communes ne peuvent combler.

A moins Monsieur le Président, que vous ambitionniez de gérer demain toute l’action sociale, en reprenant le boulot considérable fait par les CCAS, plus tout le réseau médico-social de l’Education Nationale que certains là-haut se verraient bien refiler aux départements ?

Enfin, je pense qu’il convient de souligner, si nous voulons que ces feuilles de route soient vraiment efficientes, l’importance de combler les insuffisances constatées dans les effectifs des CMS (Centres médico-sociaux) et les difficultés pour obtenir un rendez-vous rapidement.

Nous savons bien que les métiers des filières sociales et médico-sociales sont sous tension et que les groupements de CMS ont permis d’améliorer les choses.

Sauf que cette organisation a aussi fait naître d’autres difficultés, notamment dans l’incapacité désormais souvent constatée pour une assistante sociale de disposer du temps et de l’ancienneté nécessaire sur son poste pour entretenir les liens avec les personnes les plus fragiles, sans attendre qu’elles se manifestent pour une urgence.

Ces dernières années, a ainsi été privilégiée la gestion des urgences sur la prévention des urgences. Au lieu de faire les deux.

Un travailleur social ce n’est pas un coût, c’est un investissement pour la commune, et la société.

Voilà en résumé les considérations que nous souhaitions vous faire partager concernant ces feuilles de route que nous voterons. »

Pour télécharger l’intervention de Sophie HERVE : Feuille de route territoriale solidarités – SH

Sébastien

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