En Conseil départemental du 6 février, au cours du débat qui a suivi l’examen du rapport 2024 sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes en Seine-Maritime, Séverine Botte a dénoncer le décalage entre les déclarations de bonne intention au sommet de l’Etat et la réalité des moyens budgétaires mobilisés pour éradiquer les violences faites aux femmes. En Seine-Maritime, elle a également demandé des moyens supplémentaires pour agir davantage.
« Ce rapport nous est présenté au lendemain du « Procès Pelicot ». Un procès qui a mis au jour la culture du viol et qui oblige à regarder en face ce que notre société produit depuis des siècles : la violence systémique à l’égard des femmes.
Les violences perpétrées à leur encontre, et les féminicides ne sont pas des agressions isolées, mais le résultat d’un continuum de violences, alimenté par des comportements quotidiens tels que des remarques sexistes, des contrôles jaloux ou des attitudes condescendantes. Et le courage de Mme Pelicot doit provoquer une véritable réaction politique pour mettre fin aux violences dans toutes ses formes et à l’impunité.
En effet, il faut maintenant du courage politique et des moyens à la hauteur des besoins. Cela doit commencer notamment par un ministère de plein exercice pour piloter les politiques en matière de droits des femmes.
Rappelons que Emmanuel Macron s’est dit « inattaquable sur la lutte contre les violences faites aux femmes » alors que dans le même temps il confirme la culture du viol en défendant Gérard Depardieu, nomme de nouveau Gérald Darmanin au gouvernement, et n’a donné aucun moyen supplémentaire aux associations œuvrant dans ce champs.
Ou bien encore les déclarations du président du Sénat, Gérard Larcher, à la veille de l’inscription de l’IVG dans la Constitution (je cite : « la Constitution n’est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux »).
Ce ne sont ici que quelques exemples de propos ou postures adoptés par des figures, se trouvant à des postes clés, niant ou minimisant la réalité vécue par les femmes et ou déplaçant la responsabilité sur la victime plutôt que sur l’agresseur. Et ces violences (non exhaustives) du quotidien montrent l’ampleur de la tâche quant au changement de mentalité de la société.
S’agissant du département de la Seine-Maritime, le rapport met indéniablement en avant une visée volontariste dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, intrafamiliales, sexistes et sexuelles.
Néanmoins, le nombre de victimes ne faiblit pas et nous remarquons, de plus, la forte progression des « informations préoccupantes ». Cela doit confirmer et renforcer notre priorité quant à la prise en compte des enfants co-victimes et de leur prise en charge.
Connaissant bien sur nos cantons la lourde charge pesant sur les équipes des CMS qui, pour beaucoup, sont déjà sous tension à l’exemple de celui du secteur d’Eu, nous avons du mal à comprendre comment cet accroissement des I.P. peut être géré, dans les délais d’urgence qui s’impose, sans renforcement des équipes ?
Par ailleurs, depuis quelques années à Lille (Nord), un dispositif assure le suivi social et psychologique ainsi que l’hébergement d’auteurs de violences conjugales évincés de leur domicile. Trop souvent ce sont les femmes qui doivent quitter leur domicile. Sauf erreur de ma part, nous n’avons aucun dispositif qui va dans ce sens. Et il me semble que ce travail est inévitable pour lutter contre les récidives. Ce dispositif promeut concrètement le principe que ce n’est pas à la victime de partir, mais bien à l’agresseur. Permettant ainsi d’éviter la double peine et le double traumatisme pour les enfants.
Un autre exemple de violence systémique à l’égard des femmes : le phénomène de précarisation qui est devenu préoccupant ces dernières années, exacerbé par des facteurs économiques, sociaux et politiques, les exposant à toujours plus de vulnérabilités. Loin d’être seulement économique, comme je le disais à l’instant, elle a aussi des conséquences psychologiques et sociales, limitant leurs opportunités de vie et de progression.
Ainsi, ces deux phénomènes, précarité et violences faites aux femmes, sont souvent interconnectés, et il est essentiel de prendre en compte cette dynamique pour élaborer des politiques publiques visant à protéger davantage les femmes de la précarité, à améliorer leur condition économique.et non pas à les pénaliser comme le fait la réforme des retraites pour ne prendre que cet exemple.
Et dans ce contexte de débat d’orientations budgétaires qui nous réunit aujourd’hui, il s’agit ici de s’assurer que notre Département ne cède pas aux sirènes des restrictions budgétaires, et dont les femmes pourraient être les dommages collatéraux, mais bien de poursuivre et d’élargir les dispositifs d’aide financière dont elles pourraient bénéficier.
Quant au sexisme, ce n’est pas une discrimination comme une autre, c’est la mère de toutes les discriminations comme le soulignait Françoise Héritier.
Raison pour laquelle nos combats doivent être multiples et concomitants : lutte en faveur de l’égalité professionnelle, contre les violences sexuelles et sexistes, contre toute marchandisation du corps (GPA ou prostitution), exigence d’un partage à égalité de l’espace public et des responsabilités, du droit de choisir de devenir mère ou pas, ou encore obtenir la protection des droits reproductifs et sexuels, le respect de toute orientation sexuelle…
Au lendemain du procès Pelicot, nous sommes à un moment charnière, où les femmes quel que soit le milieu social ou l’âge, connaissent une exaspération maximale concernant les inégalités et les violences qu’elles vivent au quotidien.
Je partage la citation de S. de Beauvoir utilisée dans l’introduction de ce rapport et les inquiétudes qu’elle formule. Le climat de crise national, international actuel nous impose de redoubler d’efforts dans ce combat.
Les propos véhiculant l’inaction, le déni, la minimisation des agressions ou véhiculant le bien-fondé de la domination (relayés régulièrement dans toutes les sphères de notre société et au-delà de nos frontières) renforcent cette culture sexiste.
Il est donc indispensable de sortir d’une approche au cas par cas de la discrimination pour passer à une analyse collective qui prend en compte le caractère organisationnel et systémique des inégalités entre les femmes et les hommes (C’est cet ensemble qui nous permettra de modifier en profondeur notre système à travers des lois, à travers la déconstruction du patriarcat et à travers l’éducation à l’égalité de genre dès le plus jeune âge. C’est ainsi que l’éradication de toutes les formes de violence sera enfin effective).
Je vous remercie. »
Pour télécharger l’intervention de Séverine BOTTE : Rapport égalité femmes hommes – SB