Après l’aménagement de la section Yvetot/Barentin, le vice-président Bazille a présenté devant le Conseil départemental du 10 décembre, les orientations retenues pour la requalification de la RD6015 (ex RN15), entre Yvetot et Le Havre.

Le projet consiste à :

  • Supprimer les créneaux à 3 voies sur les 40 km et aménager le long de la chaussée à 2 voies des bandes multifonctionnelles afin d’offrir de meilleures conditions de sécurité ainsi qu’une visibilité renforcée dans les carrefours traversés et un cheminement sécurisé pour les modes doux.
  • Aménager ponctuellement une voie verte de 3 mètres de large.
  • Aménager les principaux carrefours en giratoires afin de sécuriser et de fluidifier les échanges entre la route départementale et les voies d’accès aux communes dans le but de favoriser la desserte des territoires traversés, aménager les traversées des agglomérations en améliorant la perception des usagers pour les inciter à réduire leur vitesse.

La maîtrise d’ouvrage sera assurée par le Département pour un coût global 9,4 millions € HT dont 6,6 par le Département et 4,7 pour la Région.

 Trafic = 11.000 à 16.000 véhicules par jour ouvrable

Pour le groupe communiste du Front de Gauche, Alban Bruneau a rappelé que « la RD 6015 est l’épine dorsale de communication terrestre de notre Département. Son importance dans l’organisation des déplacements, et son tracé géographiquement stratégique, comme la configuration territoriale de la Seine-Maritime, conduisent à lui faire supporter des fonctions, des attentes, multiples et contradictoires. Elle accueille en effet un trafic de traversée départementale, du Havre à Rouen sur une soixantaine de kilomètres, mais aussi de l’Estuaire vers le Nord, via Yvetot-Yerville-Tôtes, puisqu’il n’existe pas de route côtière suffisamment adaptée pour faciliter une liaison continue de l’Estuaire jusqu’au Tréport. Par ailleurs, elle prend en charge l’essentiel des déplacements entre les nombreuses communes situées sur l’axe départemental ouest-est ».

Un rappel destiné à souligner que « cette triple vocation pose de nombreux problèmes : 

  • Accidentologie marquée,
  • nuisances pour les riverains des communes que la RD6015 traverse,
  • difficultés pour les habitants de nombreuses communes de pouvoir s’y insérer aux heures de pointe, je pense notamment aux Gainnevillais et Rogervillais,
  • présence prégnante d’engins agricoles, de poids-lourds, de voiturettes électriques et même de convois exceptionnels.

Sans compter, et je le comprends fort bien, que des communes situées sur ce tracée tiennent à maintenir des feux tricolores pour ralentir la circulation et surtout permettre les entrées et sorties de la RD sur les routes et rues perpendiculaires. C’est le cas à Gainneville avec un carrefour à feu bien connu des automobilistes de l’agglomération qui pestent tous les matins et soirs pour pouvoir le franchir. C’est le cas également à Saint-Romain et à Yvetot avec ses 13 carrefours à feux qu’il faut passer pour traverser la commune, l’itinéraire de contournement occasionnant un détour important et étant encombré par les poids-lourds ».

En conclusion de quoi, Alban Bruneau a estimé que « ce projet décide non plus de concilier ce qui semble devenu inconciliable entre trafic de transit et trafic local, mais tranche clairement en faveur du second ». Sauf qu’il y voit certains écueils : « Aujourd’hui pour effectuer le trajet Le Havre / Rouen et ses 88 km ou Le Havre / Dieppe et ses 98 km par la RD6015, vous devez compter 1h30 au mieux, plutôt 2h00 à certaines heures. Ce qui donne en moyenne des vitesses de 45 à 58 km/h. Avec les créneaux de dépassement à 3 voies que les orientations se proposent de supprimer, et notamment sur les côtes du secteur de Bolbec ou d’Harfleur/Gonfreville, la dissuasion s’accentue pour les automobilistes qui veulent utiliser la RD pour des déplacements majeurs ».

Il a donc alerté : « Ces orientations s’entendent mais à une seule condition : faciliter et non contraindre les reports de trafic de transit de la RD sur l’autoroute. Car en effet, la solution pour les moyens et longs trajets, c’est l’A29 dont l’itinéraire est tellement parallèle à la RD6015 qu’à bien des endroits on distingue le trafic autoroutier depuis la départementale. Une autoroute pour les liaisons Saint-Romain / Le Havre, Bolbec / Le Havre, Fauville / Le Havre, Yvetot / Le Havre, Dieppe / Le Havre et Rouen / Le Havre, et une RD6015 pour les courts trajets et les liaisons locales. L’ensemble des aménagements proposés trouverait ainsi toute sa pertinence ».

 Coût trajet Le Havre / Rouen

par la RD6015 = 9 €

 Coût par l’autoroute parallèle

= 18 € dont 8,30 € de péages

Et de s’en prendre aux péages : « Il y a un hic de taille : les péages autoroutiers prohibitifs. 8,30 € dont 3,30 € rien que pour les 13 Km sur l’A150 et 1,10 € pour les 8 Km entre la sortie du Havre et Epretot. Il y a quelqu’un ici pour défendre cela aujourd’hui ? Oui, un jour peut être quand le ferroviaire sera enfin doté des stratégies et des moyens publics qu’il mérite et en particulier sur la calamiteuse ligne Le Havre / Paris ».

 Coût du péage d’Epretot

= 1,10 € pour 8 km

 

Coût du péage Yvetot/Barentin

= 3,30 € pour 13 km

Pour Alban Bruneau : « Les péages autoroutiers sont le nœud du dilemme. Car si l’autoroute ne devient pas plus attractive et que nos aménagements conduisent, comme c’est d’ailleurs l’objet, à décourager les trafics de transit sur la RD6015, alors nous allons passer à côté de notre sujet et tout compliquer. J’espère que depuis le 17 novembre tout le monde a bien pris conscience que la ponction dans le porte monnaie des automobilistes ne devait plus être considérée comme la panacée des politiques publiques ? ».

Avant de poursuivre : « Pour ne pas rallonger mon propos, je ne développerai pas sur ce qui a conduit notre pays à se retrouver tributaire du bon plaisir des concessionnaires autoroutiers qui croulent sous les profits en faisant les poches des usagers de la route. Mais ne l’oublions pas pour autant. C’est sur cela aussi que débouche le libéralisme économique ».

Puis, Alban Bruneau a indiqué que son groupe « votera ces orientations parce qu’elles répondent aux attentes des maires et des habitants concernés directement par la RD 6015. Mais nous les voterons avec deux préconisations pour reprendre une formule à la mode :

  • que la concertation avec les maires se poursuive et débouche sur des aménagements acceptés d’un commun accord. Y compris si elle conduit pour cela à revoir localement certaines orientations présentes ici, je pense aux suppressions des 3e voies ponctuelles.
  • Et que notre collectivité s’engage avec force et détermination pour agir sur la réduction des péages sur l’A29, et en particulier la suppression du péage d’Epretot.

Ce n’est pas un choix ici entre faire payer le contribuable et l’usager, l’usager étant contribuable, il paye aujourd’hui deux fois. C’est un choix de justice fiscale et d’aménagement du territoire. C’est aussi un choix environnemental, puisque les autoroutes existent autant qu’elles absorbent un maximum de trafic ».

Pour le groupe socialiste, Bastien Coriton a dit soutenir ce rapport en ajoutant « mais attention aux mesures anti poids-lourds sur la RD6015 en raison de leurs conséquences sur les autres axes ».

Pour la majorité, Charlotte Masset a défendu le projet et ses visées, en ces termes : « Il est urgent d’intervenir sur cet axe ».

Visiblement gêné dans sa réponse par la démonstration du groupe communiste du Front de Gauche, Alain Bazille s’est borné à souligner « la complexité de la problématique des péages autoroutiers puisqu’il existe des concessions de l’Etat qui s’imposent à tous ».

La délibération a été adoptée à l’unanimité.

Pour télécharger l’intervention complète d’Alban Bruneau : 5.01 – RN6015 – AB

Pour télécharger le rapport de séance et la délibération : Rapport du 10 Décembre 2018 – RD6015