Pour le premier débat de la séance du Conseil départemental du 5 octobre, le groupe communiste a choisi de revenir sur les enseignements et conséquences du « Plan Pauvreté » annoncé récemment par le Président de la République. Le groupe des indépendants ayant également choisi ce thème, le débat s’est déroulé après les interventions des deux présidents de groupe.

Pour Stéphane Barré, ce plan comporte « beaucoup d’effets d’annonce et de bonnes intentions. Certaines orientations semblent positives, mais nous en retenons globalement un manque d’ambition, de moyens et de crédibilité au regard des politiques conduites depuis un an et demi ».

Constatant que « plus la richesse nationale progresse, plus les riches deviennent riches et plus la pauvreté s’étend »et que « le ruissellement, érigé en principe économique par les libéraux, ne fonctionne pas, enfin dans ce sens-là », le président du groupe communiste du Front de gauche a estimé que « le choix de concentrer l’essentiel de ses politiques en faveur des plus fortunés, rend ce pouvoir Macronien peu crédible dans ses intentions d’éradiquer la pauvreté et de réduire les inégalités, les fractures de notre société ».

Et de citer comme dernière illustration en date, les orientations gouvernementales pour le budget 2019 de l’Etat : « 6 milliards de mesures en faveur des ménages (estimation revue à 3,5 milliards par l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques)… 42 milliards de mesures en faveur des entreprises (sans contrepartie) et des plus foyers les plus riches ».

Au titre des annonces positives de ce plan « car elles prolongent des mesures existantes », Stéphane Barré a retenu : « l’obligation de formation jusqu’à 18 ans, le renforcement du dispositif « Territoires zéro chômeur », les mesures sur la petite enfance et celles pour prévenir le décrochage scolaire. Ou encore l’extension de la Garantie jeunes ».Appelant toutefois « à être vigilant quant à leur mise en application, et notamment leur financement, d’autant que bien des interrogations demeurent sur les crédits mobilisés pour soutenir ce plan ».

Mais au-delà de ces annonces, il a regretté que ce plan « laisse de côté des sujets essentiels : l’accès au logement, l’accès aux soins. Or, on sait que la pauvreté est diverse ». Bref, pour Stéphane Barré, « une philosophie globale très macronienne avec la nécessité de remettre tout le monde sur le « chemin du travail » et de lutter contre « l’assistanat », sans dire qu’une partie de nos concitoyens ne peut pas exercer une activité professionnelle permanente. Et en oubliant que le travail ne protège plus nécessairement de la pauvreté ».

Rappelant ce que « le Président pense du coût des politiques sociales dans le budget de l’Etat »et soulignant que « 8,8 millions de nos concitoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté, 600.000 personnes de plus depuis la crise financière de 2008 », Stéphane Barré a appelé à la plus grande prudence quant à l’annonce d’un revenu universel d’activité à partir de 2020 « dont les contours ne sont pas définis mais qui fusionnerait plusieurs aides sociales, et serait assorti de sanctions. Un revenu sous conditions, ce qui l’éloigne fortement de la logique du revenu universel ou revenu de base qui est inconditionnel ».

Puis, il a mis en avant « la création d’un service public de l’insertiongaranti par l’Etat et qui placerait les départements au cœur du dispositif »et « la fin des sorties sèches de l’aide sociale à l’enfance pour les jeunes à partir de leur 18 ans, décision attendue par plusieurs élus dans cet hémicycle ». Tout en précisant que « pour y parvenir il faudra fournir à chacun un logement, un emploi ou une formation, à l’initiative des départements, et à couvrir à défaut, une prise en charge jusqu’à 21 ans. Pour ce faire, il faudra donc un peu plus que les 50 millions d’euros que le gouvernement est prêt à mobiliser ».

En conclusion, il a repris le terme de « raz de marée de la misère » évoqué par le président du Secours Populaire à propos de l’afflux des sollicitations reçues, notamment par de plus en plus de retraités. Avant d’appeler « la collectivité, chef de file des solidarités, à s’impliquer avec encore plus de force dans cette grande cause nationale, en mettant les moyens nécessaires au niveau des besoins », estimant « qu’il arrive un moment où éradiquer cette misère dans l’un des pays les plus riches du monde, passe par des changements radicaux de politiques. Ce plan ne va pas dans ce sens, même s’il permettra d’agir utilement, fusse-t-il modestement, contre ce mal dont souffre notre société dite moderne ».

Pour le groupe des indépendants, Dominique Métot a prolongé cette intervention en souhaitant « que le Département puisse analyser et chiffrer les conséquences de ce plan pour la collectivité ». Il a également fait état de ses craintes d’une possible « recentralisation des politiques sociales ».

Pour la majorité, Blandine Lefebvre a dit partager beaucoup d’éléments évoqués et a souligné le « caractère embryonnaire et imprécis de ce plan, malgré l’ambition affichée ». Réaffirmant la nécessité « d’éradiquer la pauvreté dans ce département », elle a toutefois précisé que« seul nous ne pouvons rien faire, nous devons attendre que le gouvernement soit un peu plus précis sur ce qu’il envisage concrètement ».

Des appréciations consensuelles qui se sont arrêtées là, car Blandine Lefebvre a prolongé son propos sur un terrain glissant, en estimant que « le Chef de l’Etat a raison de donner une nouvelle grille de lecture. Un tiers du PIB est consacré aux dépenses sociales avec des résultats en demi-teinte des politiques passées dans ce domaine… Notre pays est l’un de ceux qui en Europe investi le plus sur le plan social et la pauvreté ne recule pas, elle stagne. Ceci étant, la part de sa population touchée par la pauvreté, 10 %, est l’une des plus faibles. Il n’empêche, nous ne pouvons nous satisfaire de cette situation, ce phénomène doit nous mobiliser ». Soutenant dans la foulée « les orientations du Chef de l’Etat conditionnant la sortie de la pauvreté au retour à l’emploi ».

Pour le groupe socialiste, Caroline Dutartre a également « salué certaines mesures », tout en estimant que « le compte n’y est pas en termes de moyens », et en reprenant au passage des éléments, analyses et chiffres avancés par Stéphane Barré, sans oublier d’y mêler les « avancées obtenues dans ce domaine de la lutte contre la pauvreté par des élus socialistes en France et en Europe ».

Dans sa conclusion, Stéphane Barré a tenu à rappeler à la majorité qu’elle n’était pas « que dans une attente de précisions du gouvernement sur l’application de ce plan »puisqu’elle a procédé à « des coupes de près de 10 millions sur les budgets dédiés aux solidarités dans notre département ».

Pour télécharger l’intervention de Stéphane Barré : DPD Plan pauvreté – Interv SBA – Lecture