Lors du débat de politique départementale préalable à l’examen de l’ordre du jour du Conseil départemental du 27 mars, les groupes de Gauche ont demandé au Département de ressortir et d’utiliser les cahiers de doléances sur lesquels ont été consignées, au cours du mouvement des gilets jaunes, les constats et revendications de millions d’habitants.
La contribution des élus du groupe de la Gauche combative, communiste et républicaine, à cette proposition a été portée par Alban Bruneau.
« En novembre 2018, le mouvement spontané des Gilets jaunes prenait corps partout à travers le pays, en réaction à la succession de mesures anti-populaires prises par Emmanuel Macron et son gouvernement pro business.
Il exprimait toutes les fractures sociales, territoriales dont souffrent la France et que le tout nouveau Président, à l’époque, allait encore accentuer, dans un contexte où la démocratie n’en finit plus de régresser au pays même des Lumières.
S’inspirant d’une longue tradition nationale, les cahiers de doléances refaisaient surface comme au temps de l’Ancien Régime où le peuple y consignait ou y faisait consigner par ses représentants ses récriminations et revendications dans l’espoir d’être entendus par le souverain. Selon son bon vouloir. Et comme les souverains ont fini par ne rien vouloir justement, ne rien entendre, la révolte, puis la révolution les a renversées.
De nombreuses collectivités ont accompagné, encouragé même ce mouvement des cahiers de doléances nouvelle génération, en ouvrant en mairie ces registres.
Pour ma commune d’un peu moins de 10.000 habitants, ils ont permis de recueillir plusieurs centaines d’expressions qui ont été remises par notre Député Jean-Paul Lecoq, au 1er Ministre de l’époque Edouard Philippe, et à l’association nationale des maires de France.
En complément de ces cahiers, une pétition lancée par la coordination locale des Gilets jaunes a recueilli plus de 10.000 signataires pour appuyer des revendications majeures choisies par leur soin :
- Rétablissement de l’impôt sur la fortune
- Ouverture de négociations salariales dans tous les secteurs d’activités
- Hausse des pensions de retraite
- Instauration du RIC, le Referendum d’Initiative Citoyenne.
La Municipalité de Gonfreville l’Orcher a organisé un referendum local autour de ces 4 sujets de compétence nationale qui aurait dû conduire le contrôle de légalité à intervenir pour l’annuler, ce qu’il n’a pas fait. Résultat le scrutin s’est tenu, avec la participation de plus d’un quart des habitants confirmant leur soutien à ces revendications.
Ici comme dans toutes les communes de France, le message était clair. Emmanuel Macron a choisi de l’ignorer, de le réprimer aussi, et de le détourner à travers le lancement d’un Grand débat, que d’aucuns ont appelé le « grand blabla », qui ne déboucha sur rien du tout.
De ce point de vue, le Président Macron a largement aggravé la crise démocratique dans notre pays, ça a encouragé la radicalité et renforcé l’extrême droite qui fait toujours son beurre des révoltes avortées.
Avant de faire pire encore avec ses politiques libérales et notamment sa réforme patronale des retraites.
Je rappelle qu’on est élu par le peuple et pour le peuple. Quand le peuple, dans la durée, exige à 80% l’annulation du report de l’âge légal de départ en retraite, passer son temps à essayer de le convaincre que ce n’est pas possible et même qu’il faudra travailler encore plus longtemps, c’est tout simplement faire obstruction à sa volonté souveraine dans une démocratie digne de ce nom.
On est élu pour trouver des solutions aux besoins de la Nation et non passer son temps à chercher à expliquer comment s’en passer.
Et ces fameux cahiers complétés par les expressions recueillies au cours des débats publics ? Que sont-ils devenus 6 ans après ? Rien. Ce mépris est insupportable.
Mais méfiance tout de même… les mêmes causes pouvant produire les mêmes effets, la vague anti-Macron qui a déferlé dans les urnes aux printemps et l’écho du coup de force anti-retraite pourraient bien aboutir sur une nouvelle révolte.
Et là pour prévenir cette éventualité, ils nous refont le coup des cahiers de doléances ! Les 1er Ministre Barnier puis Bayrou se rappelant soudain leur existence et s’engageant à les rendre public.
Bien sur qu’il faut les ressortir et même les mettre à jour, ce n’est pas compliqué, rien n’a changé depuis 2018, les inégalités et les injustices galopent, la pauvreté explose, les riches eux sont de plus en plus riches et les privilèges prospèrent.
Les rentiers font la loi au point que même les plus grands défenseurs du libéralisme s’inquiètent de la possible destruction du système sous l’effet des rentiers et héritiers.
Une situation qui s’aggrave sous Trump aux USA, puisque les capitaux de plus en plus made in US qui contrôlent une part croissante de nos entreprises, fonds de pensions notamment, leur commandent de privilégier les intérêts américains, y compris par une délocalisation des productions aux Etats-Unis. En Vallée de Seine, ce mouvement a été déjà engagé.
Mais au-delà de ces cahiers qu’il convient en effet d’arrêter de mépriser et enfin d’utiliser, c’est bien toute l’implication citoyenne qui est doit être recherchée.
Il est urgent de réinvestir la République, la Démocratie et leurs valeurs, avant qu’elles ne finissent totalement par terre. Alors oui : que notre Département s’empare de ces cahiers et les utilise enfin ! ».
Pour télécharger l’intervention d’Alban BRUNEAU : Les cahiers de doléances – AB