Rapport annuel sur l’égalité Femmes/Hommes : Séverine Botte propose la nomination d’un(e) déontologue

Rapport annuel sur l’égalité Femmes/Hommes : Séverine Botte propose la nomination d’un(e) déontologue

Comme chaque année, le Conseil départemental a débattu, lors de sa séance du 9 février, du rapport sur l’égalité Femmes-Hommes, dans la société comme au sein de la collectivité départementale. Pour le groupe de la Gauche combative, communiste et républicaine, Séverine Botte a souligné les avancées, mais a également proposé de nouveaux leviers d’action, dont la nomination d’un(e) déontologue au sein du Département.

« Alors que les femmes sont encore attaquées par la mauvaise réforme des retraites, au moment même où nous faisons face à une crise sociale et économique sans précédent, ce rapport qui nous ait présenté aujourd’hui trouve encore plus son importance.

Il nous est précieux pour apprécier la réalité, mais aussi les évolutions, de la situation en matière d’égalité Femmes/Hommes, dans la société comme dans notre collectivité. Mais aussi pour évaluer les politiques publiques dans lesquels nous sommes investis, pour lutter contre les violences dont sont victimes les femmes.

D’abord, je tiens à débuter mon intervention en apportant toute notre solidarité aux agents départementaux victimes d’agressions dans leur mission de service public. Les agents du fait de leur proximité avec les administrés sont souvent plus exposés aux litiges. D’où l’importance de donner plus de moyens à nos services publics locaux et d’engager une démarche de prévention et d’amélioration des prises en charge de ces situations.

Par ailleurs, il est intéressant que vous partagiez avec nous chaque année à travers ce rapport, tout ce que la collectivité met en œuvre pour atteindre l’égalité Femmes-Hommes et pour lutter contre toute forme de discrimination. Mais sauf à nous dire que votre action est parfaite il serait aussi utile d’écouter un peu ce que les autres groupes peuvent proposer, au moins en permettant que nos propositions soient étudiées.

Si nous étions un peu provocateurs, nous serions tentés de demander si c’est un rapport pour promouvoir l’Egalité Femmes-Hommes ou pour promouvoir l’action de la majorité départementale ?

Je me permets donc de renouveler notre proposition visant à nommer un déontologue, puisque l’année dernière notre collègue Nathalie Lecordier souhaitait que l’on précise ce que c’était ?

Un déontologue est une personne chargée d’exercer en toute indépendance une fonction de veille, d’alerte et de conseil sur toute question relative au respect des règles de déontologie (en matière de conflit d’intérêts, par exemple).

La cellule de vigie RH qui prendra effet au premier trimestre 2023, dédiée à la détection et à la prise en charge des situations sensibles et complexes, aussi utile soit-elle, ne permet pas cette indépendance et peut représenter un frein pour libérer la parole des victimes.

Par ailleurs, en matière de commande publique, qu’avons-nous réellement prévu pour interdire de soumissionner à un marché les entreprises qui n’auraient pas mises en œuvre l’obligation de négociation sur les objectifs d’égalité professionnelle et salariale entre femmes et hommes ?

Ce que je souhaite mettre en avant à travers ces exemples, c’est que ce rapport devrait nous indiquer des perspectives pour accroître notre intervention.

En matière salariale, notre collectivité est mauvais élève, les différences de revenus entre les agentes et agents sont encore trop importantes, aussi bien pour les titulaires que les contractuelles.

Par ailleurs, on constate dans le rapport que parmi les agents du département, les femmes sont plus nombreuses à travailler à temps partiel que les hommes. Les femmes représentent 87,27% des temps incomplets. Les proportions les plus fortes sont atteintes dans les filières médico-sociales (38,04%).

Je regrette que ce triste constat ne soit pas plus développé dans ce rapport. Seules cinq malheureuses lignes y sont consacrées et aucunes propositions envisagées.

Nous devons davantage défendre la fonction publique qui protège de la précarité et limite les inégalités. Le cinéaste Gilles Perret met à disposition ses films, dont « Debout les femmes », pour qui veut organiser des séances de projections « en soutien aux grévistes qui luttent contre la réforme des retraites ».

Réforme qui attaque en premier les femmes. Peut être pourriez vous en profiter pour étudier la possibilité de déprécariser les agentes des filières médico-sociales ?

C’est possible et ça se fait ailleurs : à Dieppe a été déployé un plan de déprécarisation des aides à domicile et des agents des écoles. Enfin, en ce qui concerne le volet de la lutte contre les violences faites aux femmes, intrafamiliales, sexistes et sexuelles : ce rapport va dans le bon sens, et il faut l’intensifier. Je tiens à saluer plus particulièrement la nomination d’une sixième intervenantes sociales référentes en Police et Gendarmerie (ISRPG) sur notre Département rattachée à l’UTAS Dieppe-Neufchâtel.

Néanmoins, le calvaire subi par les femmes âgées n’est pas évoqué dans ce rapport. Au-delà de notre collectivité, ce sujet est un angle mort. En France, 21% des féminicides concernent les personnes du 3ème âge. Les agressions sur les femmes, souvent en situation de fragilité financière, peuvent durer toute une vie.

On ne sait pas précisément, combien de femmes âgées sont victimes de violences. Après 70 ans, les femmes s’évaporent des recensements officiels. Les études sur le sujet ne les prend tout simplement pas en compte.

En conséquence, le phénomène est littéralement invisibilisé, passé sous silence. Inconsciemment ou pas, la société se conduit comme si la vieillesse, les cheveux blancs protégeaient les femmes de ce type de violences. Et aucune mesure spécifique n’est sortie du Grenelle des violences conjugales de 2019. On sait que les personnes âgées peuvent être victimes, derrière les murs de leur domicile ou dans leur chambre d’EHPAD, de violences physiques, de pressions psychologiques, d’humiliations et même de restrictions alimentaires. Mais on ne sait rien ou pas grand chose des violences au sein même du couple.

Chez les femmes âgées, les circonstances qui conduisent les victimes à ne pas être en capacité de quitter leur conjoint ou de le dénoncer sont amplifiées. Économiques, d’abord. Beaucoup perçoivent le minimum vieillesse et leur âge, par définition, ne leur permet pas un retour à l’emploi.

Pour elles, à cette précarité matérielle s’ajoute une pression psychologique amplifiée. Dans nombre de milieux sociaux, les septuagénaires, les octogénaires d’aujourd’hui se sont mariées dans un temps et une société encore plus marquée par le patriarcat et par le poids d’une éducation traditionnelle, qui rend plus difficile, voire inconcevable le fait de partir.

Pour certaines, c’est la continuité de ce qu’elles ont vécu au cours de leur vie. La vieillesse des bourreaux n’émousse pas leur violence. Mais il serait faux de croire que les femmes âgées victimes de violences ou tuées par leur conjoint ne sont que des femmes victimes de violence qui auraient vieilli.

Pour les aider, rien n’existe, si ce n’est l’engagement d’associations. Pourtant, il suffit de regarder ailleurs. Au Canada, a été développé un réseau de maisons d’hébergement dont certaines sont adaptées pour recevoir y compris des femmes en perte d’autonomie.

Le Département de Seine-Maritime va dans le bon sens et met indéniablement en avant une visée volontariste dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, intrafamiliales, sexistes et sexuelles. Dans cette continuité, il devient urgent de travailler pour lutter contre le calvaire subi par les femmes âgées, car actuellement, aucune campagne de prévention ne s’adresse à ce public ».

Pour télécharger l’intervention de Séverine BOTTE : Rapport égalité Femmes Hommes – SB

Sébastien

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