Lors du Conseil départemental du 20 juin, la vice-présidente Blandine Lefebvre a présenté le volet départemental du Plan de lutte contre la pauvreté annoncé par le Chef de l’Etat en septembre dernier.

8,8 millions de Français.es

vivent en dessous du seuil de pauvreté

(14 %)

Sophie Hervé s’est ensuite lancée, pour le groupe communiste, dans une analyse, non sans avoir au préalable souligné « le manque de crédibilité que nous inspire la volonté présidentielle et gouvernementale affichée ici…. En lisant les 5 engagements fixant le cadre de cette stratégie nationale à partir desquels est décliné ici le volet Départemental, j’ai du mal à croire qu’ils puissent émaner d’un Président et d’un gouvernement qui inscrivent leur action quotidienne dans l’accroissement des inégalités, la promotion de la précarité et la baisse de la dépense publique, y compris pour les solidarités qui couteraient dixit : un pognon de dingue ».

Taux de chômage :

9,8 %

en Seine-Maritime

8,8 %

au niveau national

Concernant ce volet départemental, elle a indiqué : « Nous pourrions être pragmatiques en disant : c’est insuffisant mais c’est toujours ça de pris. Nous pourrions également nous réjouir que des attentes insatisfaites vont pouvoir trouver réponse concrète, je pense notamment aux sorties progressives de l’Aide sociale à l’enfance. Et nous pourrions enfin être méfiants, en notant que ces orientations vont vous permettre d’accélérer ce que nous dénonçons depuis le début du mandat : l’uniformisation des réponses et des suivis, et la perte de substance des CMS de proximité ».

Avant de développer : « Sur l’axe 1 dédié à la prévention des sorties sèches des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), nous saluons cette ambition, même si les seuils d’âge qui seront appliqués aux bénéficiaires ne sont pas indiqués clairement dans la délibération… ».

« Sur l’axe 2 qui traite du premier accueil social inconditionnel et de la démarche de référent de parcours, nous relayons de nouveau ce que nous entendons dans nos cantons de la part des familles et des travailleurs sociaux. Ce qui fait la force d’un CMS (Centre médico-social) c’est la connaissance par les équipes en place des familles, leur suivi, leurs problématiques spécifiques. C’est ce temps totalement impossible à quantifier, et encore moins à quotatiser, qu’une assistante sociale peut passer auprès d’une famille. C’est cette relation de confiance qui fait qu’un parent en difficulté se confiera ou non d’ailleurs au travailleur social qui est face à lui.

Or, en raisonnant à l’échelle de regroupement de CMS, en créant des Assistantes sociales sur roulette invitées à aller dans le CMS de la commune d’à côté en milieu urbain, ou à 30 minutes de là en milieu rural, au motif évidemment louable d’assurer un accueil immédiat et sans délai de traitement à tous les usagers, il y a perte de toute cette substance ».

D’où une première conclusion pour Sophie Hervé : « On gère ainsi l’urgence au détriment du temps de suivi et d’accompagnement des familles au plus près de chez elles, par une équipe qu’elles connaissent. Logiquement, il faudrait concilier les deux : l’accueil d’urgence et l’accompagnement permanent. Et ainsi comprendre, par ambition sociale, que, je cite le rapport : « l’évolution du maillage territorial de l’offre départementale des CMS » induit à la fois un renforcement des effectifs et la densification de ce maillage, quitte à créer de nouveaux CMS pour ne laisser personne sur le bord du chemin.

Or j’ai bien peur que cette notion d’évolution du maillage territoriale consiste à faire tout le contraire : regrouper les CMS et optimiser les moyens pour utiliser le jargon libéral à la mode ».

Aussi, elle a tenu à rappeler : « l’engagement que vous avez pris Monsieur le Président, qu’aucun CMS ne fermerait durant ce mandat. Il serait utile de le réaffirmer ici ».

Population couverte par le RSA :

83.442 personnes en Seine-Maritime = 6,6 %

Contre 5 % au niveau national 

Poursuivant son analyse sur l’axe 2 relatif au déploiement du nouvel outil de gestion de la demande sociale (CMS76) à compter du second semestre 2019 dans tous les centres médico-sociaux visant à assurer un meilleur suivi des usagers, Sophie Hervé a émis « une réserve forte, au-delà des questions évidentes de respect de la confidentialité.

En effet, s’il semble acquis que la dématérialisation des demandes va aider au suivi de ces demandes, et donc des besoins. Mais il ne faudrait pas qu’elle favorise le nivellement des réponses, au détriment du « sur mesure » laissé à l’appréciation des travailleurs sociaux qui connaissent, par le lien humain qu’ils entretiennent, les familles concernées et leurs situations spécifiques.

Ainsi, un dossier dématérialisé, c’est du temps de gagné et un travail mieux partagé, mais un dossier transformé en cases cochées serait contraire au besoin de souplesse inhérent à l’action sociale. Toute la complexité d’une vie ne rentre pas dans des cases et des champs à remplir ».

Enfin, sur la méthode qui a permis de présenter toutes ces orientations, Sophie Hervé a fait part de ses convictions : « Rien ne vaut le local comme l’a indiqué Mme Lefebvre ce matin…. J’aurais donc souhaité qu’une concertation avec l’ensemble des acteurs soit conduite. Les associations œuvrent chaque jour pour lutter contre la pauvreté elles doivent être associées à toutes ces réflexions… ».

Pour le groupe socialiste, Jérôme Dubost s’est attaché à placer la majorité municipale devant ses contractions : « Vos modifications apportées au Fonds de Solidarité Logement (FSL) ont entrainé un accroissement de la pauvreté et des difficultés. Vous avez supprimé les bourses aux collégiens, puis cette année les subventions aux 6 associations de locataires et de consommateurs que compte notre Département… Autant de mesures étranges lorsque l’on annonce vouloir lutter contre la pauvreté… ».

Dans sa réponse, Blandine Lefebvre a regretté certains propos tenus : « On n’en fait jamais assez ! », avant d’appeler à plus de retenue : « Tout n’est pas parfait, on peut progresser, mais ce n’est pas comme si on ne faisait rien ! ». Puis, elle a poursuivi à partir des attentes exprimées par le groupe communiste : « J’entends vos interrogations et vos points de vigilance. Rassurez-vous, il est prévu un suivi et une évaluation obligatoire du dispositif… Et concernant la concertation avec les associations, il faudra en effet y penser en les associant, même si nous le faisons déjà à travers les Projets Sociaux de Territoires (PST). On sait bien que les besoins sont spécifiques sur chaque arrondissement ».

Sophie Hervé a repris la parole pour une explication de vote : « Nous voterons cette délibération car priver la Seine-Maritime et surtout les seinomarins de moyens, ne serait pas raisonnable, parce qu’il y a ici urgence, mais je vous demande d’écouter les arguments précis et expliqués dans mon intervention. Il s’agit là, je le répète, d’urgence et d’humanité quotidienne. Nous restons pragmatiques, confiants mais surtout méfiants je l’ai dit dans mon intervention…. ».

La délibération a été adoptée à l’unanimité sans toutefois les voix du groupe socialiste qui s’est abstenu.

Pour télécharger l’intervention complète de Sophie Hervé : Intervention volet départemental du Plan pauvreté