Devant les élus du Conseil départemental du 20 juin et entouré des directeurs des administrations de l’Etat en Seine-Maritime, Pierre-André Durand, le nouveau Préfet, est venu présenter le bilan des activités des différents services de l’Etat dans le département pour l’année 2018, s’arrêtant notamment sur les services de sécurité.

Un long exposé qui fit sourire nombre d’élus lorsqu’il affirma que « le Grand débat a permis de parfaitement répondre aux attentes exprimées notamment par le mouvement des gilets jaunes ».

L’optimisme préfectoral et parfois sa vision angélique, ont donné lieu à une salve d’interventions dont la première fut ouverte par Dominique Métot du groupe des indépendants : « L’Etat appelle en effet à renforcer la cohésion du territoire et la présence des services publics locaux. Sauf que le ministre Darmanin vient d’écrire aux maires à ce sujet et au moment même où ils voient disparaître des permanences de la CPAM, de la CAF, des impôts… A Bolbec par exemple, la CPAM supprime sa présence dans 3 semaines. Elle était pourtant accueillie gratuitement dans des locaux municipaux qui viennent d’être rénovés pour elle… Voilà un exemple de totale contradiction des discours avec ce qu’attendent les gens ! ».

D’autres élus ont repris une phrase de la lettre du ministre en référence à sa volonté affichée « de répondre davantage aux besoins des usagers sur tous les territoires », pour la confronter aux réalités vécues.

Bastien Coriton, pour le groupe socialiste, a informé le Préfet que sa prédécesseur l’année dernière ici, « avait affirmé que la trésorerie de Caudebec n’était pas menacée et que si elle devait l’être, nous ferions une réunion de concertation. Aucune réunion n’a eu lieu, et je reçois un courrier et une carte qui m’informe que cette trésorerie ne sera plus là ».

Il fut aussi question de la carence constatée pour la couverture des besoins d’accompagnement des enfants handicapés à l’école, de l’absence de concertation avec les départements, pourtant désignés comme chef de file des solidarités, dans la mise en place du futur Revenu Universel d’Activité (RUA) ou encore des problèmes posés par la dématérialisation des services de l’Etat.

Sur ce dernier point, et plus généralement sur la question de la présence des services publics, le Préfet a avoué que « cette question n’est pas simple », avant de souligner « l’évolution des pratiques de nos concitoyens, notamment les jeunes générations, qui nous font vivre une transition ». Il en a conclu que « le gouvernement met en place des réformes qui bénéficient à tous », provoquant de nouveaux sourires dans l’hémicycle…

Stéphane Barré, pour le groupe communiste du Front de Gauche a interpelé le Préfet « sur les problématiques de l’hôpital, de la santé, de l’absence de médecins pour couvrir les besoins, mais aussi des EHPAD. Les familles nous alertent, elles ont du mal à trouver des places d’hébergement quand leurs parents ne peuvent plus demeurer à leur domicile. Elles nous alertent aussi sur leurs difficultés à pouvoir suivre financièrement pour assumer le coût des hébergements ».

Dans son intervention, il a également fustigé le projet de contournement Est de Rouen en complet décalage avec les engagements environnementaux pris par le gouvernement.

Sur les questions posées sur la santé, le responsable de l’Agence Régionale de Santé en Seine-Maritime a indiqué que « le zonage relatif aux secteurs en déficit d’offre de soin venait d’être revu à la hausse, en intégrant désormais 10 territoires de plus qui deviennent ainsi éligibles aux aides à l’installation de médecins ».

Poursuivant les interpellations lancées essentiellement par des élus de l’opposition, Alban Bruneau a débuté son propos par un constat : « Je n’arrive pas à cerner dans ce rapport s’il y a plus ou moins de service de l’Etat, donc plus ou moins d’Etat, que l’année d’avant. Mais j’ai ma petite idée sur cette question… ».

Il a enchainé pour rappeler « qu’il manque, au commissariat du Havre et malgré les annonces récentes sur la police de proximité, 30 postes de voie publique. Sans compter les effectifs de la pénitentiaire », soulignant l’agression dont été victime le matin même deux surveillants de la maison d’arrêt du Havre : « Un établissement en sous effectif depuis sa création… ».

Enfin, revenant sur « les effets pervers de la dématérialisation forcenée », Alban Bruneau a indiqué qu’ « une partie de nos concitoyens désemparés se retournent désormais vers leur commune et ses services pour leur permettre de faire le lien avec les services de l’Etat ».

Le Préfet lui a répondu « qu’en effet il manque encore des effectifs de police sur les agglomérations du Havre et de Rouen », qu’il convenait de revoir « les délais de latence entre les sorties de l’école et les affectations », et qu’il s’engageait « à regarder cela de près ».

Concernant la pénitentiaire, il a annoncé son « intention de présider personnellement les conseils de surveillance des établissements », comme il en a la possibilité règlementaire.

Et, sur la dématérialisation, il a admis des marges de progression : « Cette transition qu’il nous faut mieux accompagner ».

Ce rapport étant une information, il n’a pas donné lieu à un vote.