C’est en appelant Victor Hugo à la rescousse que Patrick Teissère a tenté, lors du Conseil départemental du 20 juin, de faire l’unanimité autour  d’une délibération proposant d’affecter 50.000 € du budget départemental pour aider à la restauration de Notre-Dame de Paris. Les débats en Commission avaient, au préalable, permis de débloquer une somme identique en faveur de la sauvegarde du patrimoine seinomarin.

De quoi faire réfléchir les élus réservés sur cette démarche, à l’imagine d’Alban Bruneau : « Sans vouloir minimiser l’importance de Notre-Dame de Paris pour notre patrimoine national, et surtout la forte émotion suscitée par l’incendie du mois d’avril, tout comme l’élan populaire qui s’en est suivi en faveur de sa restauration, cette délibération nous pose question. Je n’ai pas dit problème, j’ai dit question ! ».

Avant de s’en expliquer : « En effet, cet élan qui n’était d’ailleurs pas que populaire, puisque de nombreuses entreprises et fondations se sont mobilisées également pour offrir des fonds, a d’ores et déjà dépassé les besoins de financements liés à cette restauration. En tout cas, c’est l’explication qui a été donné au Conseil communautaire de l’agglomération Havraise quant au retrait d’une délibération analogue à celle-ci prévue par le Bureau communautaire fin mai. Rien ne semble donc garantir que les 50.000 € que nous souhaitons ajouter à cette collecte soient utiles et mobilisés pour l’objectif annoncé ici.

Nous nous disions qu’il serait surement préférable de retirer, dans l’état actuel de la situation, cette délibération, quitte à y revenir si un besoin se faisait jour lorsque le projet de restauration et son plan de financement seront dévoilés. Sauf qu’entre temps, vous nous proposez de profiter de cette générosité tournée vers Notre-Dame, à Paris, pour nous rappeler que le patrimoine en Seine-Maritime aurait besoin d’être aidé aussi. Et donc d’adjoindre la même somme de 50.000 € en sa faveur. Il y avait de quoi nous faire douter… ».

Mais finalement, les élus communistes du Front de Gauche sont restés sur leur idée première : « Après réflexion, nous maintenons notre demande d’ajournement de cette délibération pour sa partie consacrée à la collecte en faveur de Notre-Dame, et le maintien d’un engagement de 50.000 € en faveur de la sauvegarde du patrimoine en Seine-Maritime qui, lui c’est sûr, a besoin de fonds ».

« Alban Bruneau ayant tout dit », le groupe socialiste s’est associé à cette position par la voix de Nicolas Rouly, tout comme le groupe des élus indépendants, Dominique Métot relevant que « si les mécènes privés, avec des avantages indéniables, se sont portés volontaires, il faut les laisser faire ». Nacéra Vieublé pour le groupe de l’écologie au Département confirmant « son total accord avec les interventions précédentes », a soutenu le report de la délibération.

Le doute aurait alors du changer de camp, le groupe des droites se trouvant soudain bien seul pour soutenir cette délibération… Mais c’était sans compter sur l’inspiration de Charlotte Masset rappelant que « le patrimoine c’est aussi l’industrie du tourisme et ses emplois » ou de Patrick Teissère implorant : « Soyez tous des Victor Hugo ! ».

La délibération a été adoptée par le seul groupe de la majorité, tous les autres s’étant abstenus.

En revanche, les 50.000 € de dotation supplémentaire pour le patrimoine en Seine-Maritime ont été soutenus unanimement.

Pour télécharger l’intervention complète d’Alban Bruneau : Intervention Notre-Dame et patrimoine