Pour le quatrième débat en ouverture du Conseil départemental du 20 juin, le groupe des droites s’est interrogé sur le rôle du Département dans la sensibilisation des générations futures à l’environnement

La vice-présidente Marine Caron, après avoir alerté sur la dégradation de l’environnement et du climat, a parlé de « catastrophe annoncée » et « d’urgence à agir ». Elle s’est surtout évertuée à valoriser la « démarche pro-active du Département » qui « n’a pas attendu pour se saisir du sujet, en étant avant-gardiste depuis les années 80 ». Suivi d’un énoncé des actions engagées depuis le début… du présent mandat !

D’emblée Alban Bruneau lui a répondu, pour le groupe communiste, qu’il ne pensait pas que la jeunesse « nous ait attendu pour s’emparer de la cause environnementale et donc pour s’auto-sensibiliser sur les enjeux écologiques qui constituent autant de défis vitaux à relever : biodiversité, climat, protection animale, alimentation saine, transition énergétique, j’en passe ». Il a surtout tenu à préciser que « cette liste des enjeux présents est longue comme plusieurs décennies de politiques libérales qui, au nom de la sacro-sainte loi du marché et de la liberté individuelle à pouvoir s’enrichir sans limite, ont causé des ravages sociaux, environnementaux et humains d’une ampleur considérable ».

Pour lui, « la question serait donc plutôt de savoir ce que nous pouvons faire vis-à-vis des futures générations pour réparer les dégâts causés et leur préserver un avenir sain. Les marches de la jeunesse pour le climat de ces derniers mois l’ont démontré, et pour en avoir fait plusieurs, je peux vous garantir que toutes et tous sommes attendus au tournant sur ces sujets et que la pression sur les élus comme sur l’ensemble des décideurs économiques ne va cesser de s’accentuer ».

Et Alban Bruneau de s’interroger : « Que pouvons-nous faire ? Et bien d’abord changer de politique ! Arrêter de chercher à reproduire en les relookant et en changeant les étiquettes, les mêmes politiques libérales, basées sur les mêmes logiques. Les notions de rentabilité, de coût, de charge, vont changer de sens et se mesurer non plus en rapport avec une finalité économique, financière, monétaire, de gestion comptable, mais au regard de l’empreinte écologique laissée, de l’apport écologique créé, de la plus-value sociétale et environnementale ».

Moralité : « Nous sommes en train de changer d’ère et ce n’est pas en tapant du poing sur la table en imposant la diffusion de message d’incitation à l’utilisation des transports doux et commun lors des publicités pour les voitures à moteurs thermiques, que ce gouvernement va convaincre de sa conversion écologique… ».

Et c’est sur ce point qu’il a relevé un grand écart entre les intentions affichées et les actes posés : « Dans la foulée des européennes nous aurions pu attendre une taxation du kérosène, un investissement massif dans le développement du ferroviaire, la fin du glyphosate ? Et non rien… ou si peu ».

Puis il a rappelé que « du côté des collectivités, enfin de certaines et nous en faisons partie, les choses avancent plus vite heureusement, parce que nous n’avons pas attendu d’être frappés en nous levant un lendemain d’élection sur l’urgence à agir. Nos rapports annuels en attestent. Mais en revanche, nous pouvons aller plus vite et plus loin ».

Avant de faire état de plusieurs pistes : « Sur le rôle pédagogique de notre collectivité, en pensant évidemment aux actions au sein des collèges. Sur la découverte de la biodiversité ou sur le tri des déchets de nombreux ateliers pédagogiques ou sorties découvertes sont envisageables. L’alimentation est un axe de travail formidable quand il s’agit d’écologie. En effet on peut parler de faune, de flore, de pesticides, de transports, de gaspillage, d’économie circulaire ou encore de terroirs. J’aimerais cependant que nous puissions travailler sur un vaste plan d’alimentation durable pour nos collèges, en allant au-delà de la loi Egalim. Avoir 20% de Bio c’est bien, avoir un approvisionnement responsable en cohérence avec la nature c’est mieux. Et plus globalement, appuyons-nous sur nos expérimentations, nos actions, nos dispositifs pour appliquer la règle verte à nos politiques publiques, en nous engageant à les déterminer et à les évaluer en fonction de leurs vertus environnementales et humaines ».

Mais pour cela, Alban Bruneau a plaidé pour un changement de priorités : « Cela passera surement par une nécessité de réorienter la priorité donnée ici au désendettement financier de la collectivité pour contribuer davantage à faire reculer la dette écologique. Personne ne s’en plaindra car c’est bien cette dette là et aucune autre qui aujourd’hui inquiète la jeunesse ».

Pour le groupe socialiste, Nicolas Rouly a précisé que tout le monde était d’accord sur les constats avant d’inviter chacun à être factuel : « Que constatons-nous ici : une diminution des subventions aux associations environnementales comme celle du Chêne à Allouville. Un accroissement des déchets plastique sur les grands événements organisés par le Département… ».

En fin de débat, Denis Merville s’étant aventuré dans un rappel du bilan écologique des pays de l’Est du temps de l’Union Soviétique et de la Chine, Alban Bruneau en a profité pour mettre les choses au point : « Je ne suis ni chinois ni soviétique, et je ne dis pas que vous êtes Trumpiste et Thatcherien. Le productivisme a été soviétique comme gaulliste, ce n’est pas la question du jour. La question c’est celle du modèle économique à inventer pour être compatible avec les enjeux environnementaux. Et pour notre part nous pensons que le Libéralisme n’est pas compatible avec la transition écologique ».

Un débat qui s’est achevé en queue de poisson lorsque la Droite a cru bon de rappeler au groupe socialiste qu’un groupe écologiste s’était constitué au sein du Conseil départemental après le départ de deux de ses membres.

Pour télécharger l’intégralité de l’intervention d’Alban Bruneau : Intervention urgence écologique