Le troisième débat du Conseil départemental du 28 mars, à l’initiative du groupe communiste du Front de Gauche, avait pour titre : « La couverture médicale de proximité en Seine-Maritime : une urgence vitale ».

Stéphane Barré a ouvert ce débat en énumérant les chiffres de cette « pénurie inacceptable dans l’un des pays les plus riches au monde qui, il y a 20 ans, pouvait faire étale de l’efficience de son système de santé », et en rappelant que « cette situation ne peut que s’aggraver puisque nombre de praticiens vont atteindre ou ont déjà largement atteint l’âge de la retraite, près d’un sur deux ayant 55 ans et plus ».

10 % des Français sans médecin traitant

13 % en Seine-Maritime

20 % du territoire national sous doté en médecins généralistes

Il a donc alerté : « La tension est telle que le gouvernement appelle au secours les pharmaciens pour les autoriser à vendre certains médicaments sans ordonnance ! Un comble lorsque l’on sait qu’il envisage aussi de faire voler en éclat le statut des pharmaciens et de leur monopole officinal au profit de la vente sur Internet et des grandes surfaces. Aussi utiles soient-elles, les perspectives de la télémédecine, du parcours de soin ou des assistants médicaux vantés par l’ARS, ne sont pas suffisantes pour inverser rapidement la tendance. D’autant que ces déficits dans la médecine de ville et de campagne viennent aggraver la crise qui sévit dans nos hôpitaux. Les services des urgences étant constamment au bord de l’implosion pour répondre aux besoins des patients dépourvus d’un médecin ».

Rappelant la mobilisation « de nombreux élus locaux et de parlementaires pour bousculer le système et résoudre cette injustice fondamentale d’accès aux soins du quotidien, par nature de proximité », il a fustigé « ce gouvernement qui au nom du sacro-saint principe libéral, rejette toutes les propositions visant à réguler l’installation des médecins en fonction des besoins ».

Puis Stéphane Barré a fait état d’une solution : « Toutes les études le démontrent, nombre de médecins se détournent de l’exercice libéral pour se tourner vers le salariat. Notre propos prolonge donc celui que nous avions développé en juin dernier lors de la présentation ici même du Projet Régional Santé en Normandie 2018-2028 ; ou en octobre avec notre proposition d’instaurer une bourse départementale pour soutenir l’installation des chirurgiens-dentistes. Il consiste à proposer que notre collectivité s’engage en première ligne dans cette action de salut public ».

« Nous vous invitons à faire preuve d’audace, convaincu qu’au-delà du contexte national, le propre d’une collectivité est de pouvoir agir, faire bouger les lignes et inventer les solutions adaptées. Ce n’est pas une question de compétence, c’est une question de devoir et de priorité, d’autant que la couverture sanitaire des seinomarins interagit avec les problématiques que nous avons à gérer dans nos secteurs des solidarités ».

Embauche de médecins par le Département de Saône et Loire

1 an après =

11.000 habitants ont retrouvé un médecin traitant

23.000 consultations assurées

« Monsieur le Président, vous avez reçu dernièrement le Collectif un Médecin pour Tous de Fécamp qui vous a fait part de pistes concrètes pour agir en prenant notamment exemple sur les actions conduites dans plusieurs départements comme la Saône et Loire. Un département qui a pris les choses en main en expérimentant un réseau départemental de centres de santé à partir de 30 médecins et 9 secrétaires recrutés. Et les résultats sont là ! »

Notant au passage que « ce système a permis de systématiser le tiers payant pour les patients que les organisations de médecins libéraux se sont refusées à mettre en place pour cause de complexité au niveau national », il a conclu : « C’est ce que nous vous invitons à faire en Seine-Maritime ».

Nathalie Lecordier, pour la majorité, a réagi en énumérant « tout ce que le département fait déjà », et notamment le soutien à la création de maisons de santé, et en précisant qu’« il n’y a pas de désert médical en Seine-Maritime, même si des zones sont sous tension et sous dotées en médecins généralistes, chirurgiens-dentistes ou kinés ». Elle a estimé que : « nous n’avons pas à rougir sur ce que nous faisons ici… Il s’agit d’une thématique forte de notre politique ».

Et comme elle n’a pas répondu à la proposition formulée, c’est le Président Martin qui est intervenu : « J’ai rencontré ce collectif et j’ai demandé à ce que nous allions regarder en Saône et Loire ce qui a été fait ».

Une réponse qui a satisfait Stéphane Barré : « Espérons que cela soit de bon augure, car nous sommes attendus. Cela ne veut pas dire que nous sommes restés passifs sur ces sujets. Cela veut dire en revanche que nous devons désormais franchir un palier supplémentaire dans notre mobilisation ».

Dominique Métot, pour le groupe des indépendants, a bondi suites aux propos de Nathalie Lecordier : « Pas de désert médicaux en Seine-Maritime ? Vous n’êtes pas face à la réalité des habitants de notre territoire ». Puis, dans le prolongement de l’intervention de Stéphane Barré, il a affirmé que : « Oui il faut imposer aux médecins de s’installer dans des zones prioritaires. Les maisons de santé c’est fait, mais cela ne suffit pas ! ».

Nacéra Vieublé, du groupe pour l’écologie au Département, a fait état qu’ « un Français sur trois ne se soigne pas parce qu’il n’a pas de médecin. Des maisons de santé ouvrent mais restent vides. Le risque c’est que chaque collectivité ou intercommunalité entre en concurrence pour se disputer les nouveaux médecins ».

La vice-présidente Blandine Lefebvre a confirmé qu’une rencontre avec le collectif de Fécamp est fixée et que « nous nous rendrons avant l’été dans le département de Saône et Loire ». Et, contredisant sa collègue, elle a admis que « les déserts médicaux touchent aussi la Seine-Maritime, même si beaucoup d’initiatives locales voient le jour ». Enfin, elle a affirmé la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les médecins.

Pour le groupe socialiste, Christophe Bouillon a remercié le groupe communiste pour avoir pris l’initiative de ce débat et soutenu que les « mesures incitatives ne peuvent pas inverser les tendances et répondre à l’urgence. Il faut des mesures régulatrices. Le conventionnement sélectif par exemple. La formation des médecins est prise en charge par la puissance publique donc par les citoyens. Leur installation doit être régulée ».

Des propos prolongés par Denis Merville qui, bien que membre de la majorité, soutient la régulation.

En conclusion, Stéphane Barré a dit avec humour : « Certes, nous n’avons pas à rougir de ce que nous faisons ici, mais si nous pouvons vous faire rougir un peu plus nous serons satisfaits. Car il faut inventer des solutions et nous vous en amenons. La dernière fois sur les dentistes, nous n’avons pas été entendus, cette fois sur les médecins et là vous allez y travailler. On avance, on avance… ».

Pour télécharger l’intégralité de l’intervention de Stéphane Barré : DPD 3 – Santé – SBA

Pour télécharger la proposition du collectif « Un Médecin pour Tous » de Fécamp : UMPC 5 PRESENTATION PHILIPPE REMANIEE ET AMELIOREEUMPC 5 PRESENTATION PHILIPPE REMANIEE ET AMELIOREE