Le second débat de la séance du Conseil départemental du 28 mars, ouvert par le groupe « Agir pour l’écologie », avait pour thème les conséquences de la loi alimentation pour les agriculteurs normands.

Catherine Depitre a débuté son propos en constatant que « la Politique Agricole Commune (PAC) est en régression depuis des années », avant de développer sur les objectifs de la loi EGALIM (agriculture et alimentation) issue des États généraux de l’alimentation pour développer une alimentation saine et durable et pour garantir des revenus décents aux agriculteurs. Elle a relevé les décalages entre ces beaux objectifs et la réalité de la loi, estimant pourtant que : « nous sommes au bout d’un système ». Concluant par une note d’optimisme, elle a détaillé ce qui a avancé en Seine-Maritime pour changer ce système, à l’initiative de citoyens, d’exploitants ou de collectivités. Appelant le Département à soutenir tout ce qui va dans ce sens.

Horizon 2022 :

Restaurations collectives publiques :

50 % minimum de produits agricoles locaux ou sous signe de qualité

dont 20 % issus de l’agriculture biologique 

Patrick Chauvet, pour la majorité, lui a répondu que c’est « cette loi qui va dans le bon sens ! Elle est certes imparfaite, tous les résultats ne sont pas encore là, elle sera évolutive. En tout cas elle procède à une inversion des logiques ». Puis il a tenu à défendre les chambres d’agriculture mises en cause par Catherine Depitre : « Elles sont des acteurs représentatifs élus démocratiquement ».

Alban Bruneau a, pour sa part, axé son intervention sur la restauration collective et sur les objectifs inscrits dans la loi à ce sujet : « Notre département agit déjà. Je pense notamment à notre plateforme internet, Agrilocal 76, qui permet une mise en relation entre acheteurs de la restauration collective et fournisseurs locaux. Cependant ce bel outil reste encore à développer. En effet, aujourd’hui seuls 38 collèges sur les 132 que compte notre département travaillent avec cette plate-forme ».

Il a également avancé plusieurs propositions : « Nous devons construire de nouveaux outils et accompagner les petits producteurs dans les démarches administratives. Nous pourrions envisager des dispositifs à destination des agriculteurs pour les inciter à se lancer dans le bio, quand on sait que les années de transition pour obtenir la certification biologique sont les plus compliquées, un soutien financier de la part des collectivités serait le bienvenu, et c’est un investissement rentable sur le plan sanitaire, économique et environnemental pour notre territoire ».

Puis Alban Bruneau a souhaité rappeler que « la prochaine étape, irréversible même si elle momentanément contrariée, sera la fin du glyphosate ! ».

S’agissant de rééquilibrer les relations commerciales sur toute la chaine alimentaire comme l’ambitionne la loi votée, il reste en revanche dubitatif : « Pour obtenir ce rééquilibrage dont personne ne peut contester la nécessité, elle vient favoriser la hausse des prix pour le consommateur, en laissant la grande distribution et ses marges exponentielles continuer de prospérer. Nous verrons bien d’ici quelques mois si les exploitants agricoles s’y retrouvent enfin, puisque les négociations viennent de s’achever. Leur travail mérite une rémunération honnête et la fin du racket dont ils sont les victimes de la part de nombreux distributeurs. Mais en attendant de le savoir, nous savons déjà qu’en pleine crise du pouvoir d’achat, les consommateurs ont vu les prix grimper et ce n’est pas fini ! ».

Il a ainsi estimé qu’il aurait été plus « intelligent et juste de supprimer la TVA sur les produits de première nécessité, mais cela Bruxelles ne le veut pas et le gouvernement ne lui a d’ailleurs même pas demandé ! ».

Et de conclure : « Et nous verrons bien en fin d’année, si les bénéfices des groupes Carrefour, Auchan et consorts se trouvent ou non réduits. C’est alors que nous apprécierons si la loi EGALIM est efficace ou si, une fois encore, elle se borne à de bonnes intentions. En tout état de cause, à notre niveau, nous devons tout mettre en oeuvre pour accompagner nos agriculteurs qui à eux seuls ne pourront pas bouleverser un système ultra-productiviste qui perdure depuis près de 70 ans. Et non, comme le prônent les libéraux, une agriculture intensive de spécialisation où le rendement est maître tout en étant à la merci des marchés mondiaux et de ses vicissitudes… ».

Patrick Chauvet ne « s’est pas senti concerné » par ces derniers propos, il a toutefois réagi sur la question du glyphosate : « Il ne peut pas y avoir d’exception Française. Cette question doit être traitée dans le cadre d’un consensus européen. Sinon se sont les agriculteurs Français qui seront pénalisés ».

Pour télécharger l’intervention complète d’Alban Bruneau : DPD 2 – Alimentation – AB