Le dernier débat introductif du Conseil départemental du 10 décembre, porté par le groupe communiste du Front de Gauche, se proposait de remplacer le plan social en vigueur dans la collectivité par un bouclier social.

Stéphane Barré a invité chacun élu du Conseil à s’arrêter sur « le sens de notre action collective : Comment ce mandat qui se déroule dans une période aussi difficile et tourmentée pour un nombre croissant d’habitants peut-il être ressenti par les seinomarins ? Qu’en attendent-ils ? Qu’en retiendront-ils ? ».

Et de développer : « La situation sociale se dégrade depuis 2008, les problématiques portant atteinte au bien être des foyers se diversifient et les perspectives économiques ne laissent pas entrevoir à court terme une embellie capable d’inverser ces tendances. Mais au-delà de ces constats statistiques, cette fin d’automne en jaune fait éclater l’impérieux besoin de remettre l’humain au centre de toutes les politiques publiques.

Réveil ou révolte citoyenne selon le degré d’appréciation que l’on porte au mouvement des Gilets jaunes, qui au passage fait suite à des dizaines de mouvements sociaux ces dernières années, il n’est plus contestable que la pression et l’exigence des citoyens pour que leur quotidien change doit conduire à des changements de cap, des virages dans les politiques conduites. 

Ceux qui avaient misé sur la résignation, l’individualisme, la fin des collectifs pour théoriser leurs politiques libérales en sont pour leurs frais ».

Stéphane Barré n’a pas souhaité reprendre « les raisons qui ont conduit à cette situation totalement paradoxale et inacceptable dans l’un des pays les plus riches du monde où la richesse progresse désormais d’année en année », pour concentrer son propos sur une alerte : « Nous avons le sentiment, que je sais partagé par des élus locaux, des travailleurs sociaux, des organisations syndicales, et bien entendu par des usagers, qu’un décalage de plus en plus grand se créait entre les attentes exprimées, les besoins à couvrir, et la réalité de notre action ».

Estimant que « nous n’en sommes peut-être pas encore à un mouvement spécial Département des Gilets jaunes », il a mis en garde :« Avec ce que nous constatons à l’étage du dessus sur la déconnexion des politiques libérales avec la réalité du vécu et des attentes des citoyens, il serait bon d’en tirer ici les enseignements, dans les temps. C’est-à-dire maintenant ».

Egratignant au passage « la campagne de communication sous forme d’autosatisfaction sur les 100 Millions bloqués par la collectivité pour se désendetter plus vite que la musique, qui s’affiche dans tous les abris bus de Seine-Maritime en plein mouvement des Gilets jaunes venant exprimer une urgence sociale et fiscale », il a estimé qu’il n’était « nul besoin de rappeler nos contraintes budgétaires pour continuer d’illustrer qu’ici on fait de notre mieux. Nous l’avons déjà dit, au regard des enjeux et des réalités d’une part importante de la population et notamment du foyer sur dix qui vit chaque jour en dessous du seuil de pauvreté, faire de son mieux ne suffit pas ».

Et pour cela, Stéphane Barré refuse « les réponses par des cours de comptabilité et de gestion en utilisant un logiciel que nous ne partageons pas. Nous administrons des collectivités qui ne sont pas au bord de la tutelle, mais avec des objectifs différents de ceux qui sont assignés jusqu’à présent ici. Ce que nous recherchons, ce n’est pas de vous faire oublier qui vous êtes ou à renier vos convictions les plus profondes. Ce que nous souhaitons, au-delà de l’alerte, c’est à nous retrouver sur l’essentiel : La priorité absolue à donner aux solidarités actives dans cette période si difficile, et j’ajouterai si dangereuse pour l’avenir de notre modèle social, de notre République et même de notre démocratie ».

Et d’inviter à se souvenir :« Avez-vous vu comment en un rien de temps, un Président élu, certes par défaut mais élu tout de même, s’est retrouvé avec son gouvernement déconnecté du pays et de son peuple ? Nous ne voudrions pas qu’il arrive la même chose à notre collectivité, toute proportion gardée évidemment ».

Pour le groupe communiste, « l’équation semble par conséquent simple comme bonjour : situation économique dégradée + urgences sociales = bouclier social de la part de la collectivité porteuse des solidarités. Ce que nous vous demandons, dès 2019, se sont des signes clairs et non contradictoires entre paroles et actes délivrés par notre collectivité. Le plan social engagé doit être rangé dans le placard pour en ressortir le bouclier social qu’exige la situation ».

Blandine Lefebvre, pour la majorité des droites, a répondu par un lapsus, qualifié aussitôt par Stéphane Barré de « révélateur », en parlant de bouclier fiscal au lieu de bouclier social… Elle s’est dit« d’accord avec les attentes exprimées d’autant que le budget 2019 acte des crédits supplémentaires pour les solidarités à hauteur de 830 Millions d’€, près de 60 % du budget ». Sans préciser toutefois que ces augmentations intègrent simplement des dépenses obligatoires, notamment concernant les allocations de solidarité malheureusement en pleine progression.

Pour le groupe socialiste, Pierrette Canu a dénoncé « un double discours » de la majorité.

Puis Stéphane Barré a conclu : « J’aurais voulu entendre face à l’urgence sociale : je vous ai compris ! Visiblement c’est non ».

Pour télécharger l’intervention complète de Stéphane Barré : DPD 5 – Bouclier social – SBA