Pour le premier débat introductif du Conseil départemental du 10 décembre, le groupe des élus indépendants a abordé le plan stratégique en vigueur au sein de la collectivité départementale.

Dominique Métot a questionné sur le plan stratégique annoncé par courrier du Directeur général des services du Département à tous les agents afin « d’optimiser la collectivité pour un service départemental efficient ». Il en a énoncé les axes : « Externalisation de certaines prestations, mutualisations, maitrise des dépenses de fonctionnement… », avant d’affirmer que s’il « partage la nécessité de contenir la dépense publique, plusieurs aspects méritent des éclaircissements sur les conséquences de ce plan sur nos politiques sociales ».

Rappelant que « les citoyens ne supportent plus l’écart entre leur réalité et celle des privilégiés », il a tenu à alerter sur les conséquences de l’objectif de réduction de 5 % des postes et les externalisations : « La vigilance s’impose dans le domaine social. La collectivité publique doit assumer tout son rôle ». Prenant l’exemple de la décision de recourir à un prestataire pour l’évaluation des mineurs non accompagnés, il a demandé au Président de « nous informer sur les implications de ce plan dans nos services en particulier dans le secteur social, sur les Centres Médico-Sociaux, l’ASE, le handicap… ».

Puis il a conclu : « Nous tenions à vous faire part de nos inquiétudes et notre étonnement face à ce que nous avons lu. Nous rappelons notre attachement au maintien du service public ».

Des questions pertinentes mais sans réponses précises apportées par la majorité, et des inquiétudes et un étonnement qui n’empêcheront pas son groupe de voter le budget présenté en fin de séance.

Pour le groupe communiste du Front de Gauche, Stéphane Barré a cité à plusieurs reprises la publicité d’une banque pour mettre en garde contre les effets des placements boursiers :« La recherche de la performance comporte des risques de perte en capital… », avant de s’en expliquer : « Quel est notre capital à nous ? Ce n’est pas notre argent, ce sont nos agents. Cette recherche de la performance, que nous comprenons de votre contrat stratégique, induit la compétition, le meilleur rendement, un peu comme on attend d’une machine, d’un retour sur investissements. Et nous vous répondons que cette recherche de la performance comporte un risque de perte de notre substance : notre utilité, et un risque de perte de notre capital : nos agents ».

Car, pour Stéphane Barré « ce contrat stratégique semble basé sur des objectifs comptables, pas sur la prise en compte des nécessités de la population, de ses besoins à satisfaire. Il devrait porter le renfort des moyens dans les CMS et PMI, pousser nos interventions dans le champ ô combien indispensable de l’insertion, agir avec audace pour lutter contre le non recours ou encore de devenir irréprochable sur la prise en charge de tous les mineurs isolés ».

Il a donc mis en garde contre ces orientations : « Un CMS ouvert toute la journée, ce n’est pas la même chose que de répondre par des permanences ou des agents tournant au point de leur donner le tournis ; Solliciter et se confier à une assistante sociale que l’on connaît, ce n’est pas la même chose que de devoir prendre sa voiture pour trouver une écoute inconnue dans un autre CMS ; Prendre un ordinateur ou une tablette, pour beaucoup d’usagers, cela n’a pas le même sens, ni la même facilité que d’être renseigné par un agent qualifié…

Tout ceci pour illustrer que par les temps qui courent, la réduction de 5 % des effectifs ce n’est pas admissible, ce n’est pas compréhensible ».

Il a conclu qu’« un contrat stratégique devrait consister à un engagement de la collectivité de soutenir nos agents à chaque instant. Pas de tenter de les compresser, de les fragiliser. Nous ne gérons pas une entreprise où le rendement est de mise. Seule compte la couverture et la satisfaction des besoins. C’est le sens même du service public. Ne rien laisser passer, aucun appel à l’aide, aucun besoin d’accompagnement. Et pour se faire, malgré nos contraintes, les marges existent. Tout est toujours une question de choix et de priorités. Alors, n’oublions pas : la recherche de la performance comporte des risques de perte en capital… ».

Pour le groupe socialiste, Nicolas Rouly a relayé « les difficultés perçues dans les collèges concernant l’externalisation souhaitée pour certaines prestations au moment même où beaucoup subissent des pertes de dotations émanant du Département ».

Marine Caron, pour la majorité, a souhaité « remettre dans son contexte ce contrat qui concerne non pas les politiques publiques du Département mais les orientations internes à la collectivité ». Ce contexte, c’est « un héritage lourd à porter et une situation budgétaire difficile. Les choix d’hier ont amputé notre capacité à agir demain. Et le contrat signé avec l’Etat limite nos dépenses ». Elle a par conséquent souligné « la nécessité de nous réinterroger sur nos politiques publiques ». D’où ce contrat qui « est un cadre d’orientation répondant à une commande du Président à travers la lettre de mission remise au nouveau Directeur général des services ».

Elle a conclu en cherchant à relativiser : « Oui cette baisse de la masse salariale est dedans, mais loin de constituer la majeure partie de ce plan. 232 postes sont amenés à être supprimés, 5 % des effectifs, c’est loin des 500 suppressions préconisées par la Chambre régionale des comptes… Il faut rassurer les agents car il y a beaucoup de fantasmes dus à ceux qui caricaturent notre action ».

Précisant au passage qu’il n’y a eu, depuis le début du mandat, « qu’un seul poste en moins dans tous les services en charge des solidarités », elle a précisé que ce contrat était un « outil de management, non pas destiné à détruire notre service public mais bien à le consolider ».

Pour télécharger l’intervention complète de Stéphane Barré : DPD 1 – Contrat stratégique – SBA