Le second débat de politique départementale du 10 décembre,  ouvert par le groupe majoritaire des droites, tournait autour des conséquences du Brexit en Seine-Maritime.

En introduction, Marine Caron a fait part des « fortes inquiétudes et des conséquences inquiétantes » en cas de Brexit dur, sans accord préalable, avant de lister les sujets qui impactent notre territoire, dont la pêche et le transmanche : « Nos regards se tournent sur la ligne transmanche et son terminal de Dieppe. 5 Millions d’investissements sont à réaliser très rapidement pour s’adapter ». Dans sa conclusion, elle a estimé « à l’aube des élections européennes », que « le Brexit prouve la nécessité d’une refondation européenne pour assurer le développement économique mais aussi social et sociétal ».

 Juin 2016 :

52 % des Britanniques ont choisi par référendum de quitter l’Union Européenne

L’échéance est fixée au 29 mars 2019 

Puis son collègue Alain Bazille a jeté un froid en affirmant que « l’existence de la ligne transmanche est posée », mettant en cause l’absence de réponse de l’Etat face aux enjeux, mais aussi « sa politique en faveur des grands ports nationaux et son désintérêt des petits ports ». Il a appelé à « aller ensemble défendre la Seine-Maritime à Paris et obtenir des moyens pour le port de Dieppe ».

Pour le groupe communiste du Front de Gauche, Alban Bruneau a surtout rappelé la volonté exprimée par une majorité de Britanniques de quitter l’Union Européenne, avant de relever : « Comme s’il s’agissait d’un saut d’humeur que la raison finirait par emporter, nos gouvernements, celui-ci comme le précédent, viennent seulement de se réveiller en mesurant toute l’étendue des conséquences que cette décision, pourtant annoncée depuis deux ans et demi, entrainerait. A l’exception notoire de la finance puisque dès le lendemain du British Exit on commençait à faire les yeux doux aux traders de la City pour les attirer à Paris, rien n’a été fait, rien n’a été anticipé ».

Partageant les inquiétudes exprimées mais refusant de dramatiser, il a complété : « Ce que vous n’avez pas relevé c’est que le budget de l’Etat en 2019 n’a absolument rien intégré qui soit de nature à rassurer ! Il a prévu d’embaucher 700 douaniers sur 3 ans, tout en supprimant 100 postes dans la continuité de la suppression de 6.000 postes de douaniers en 20 ans. Cette augmentation est très largement sous-estimée ».

Conséquences de la logique de baisse de la dépense publique en France :

Port du Havre : Moins de 0,5 % des 2,5 millions de conteneurs sont actuellement contrôlés

Rappelant que « la façade maritime partage une frontière avec le Royaume-Uni et un très grand nombre d’entrées aériennes et terrestres, et que dans à peine 4 mois, il faudra des bureaux de douane dans tous ces lieux pour que la frontière ne soit pas une passoire », Alban Bruneau a informé que « les bureaux de contrôle ne sont même pas encore construits et les contrôles à venir seront fait par des fonctionnaires qui n’auront pas les moyens humains d’effectuer ce travail ».

Et de révéler que « la situation douanière dans les ports français comme au Havre pose d’ailleurs déjà de sérieux problèmes de fiabilité du fait d’un manque criant de matériel et de personnel : c’est moins de 0,5% des 2,5 millions de conteneurs qui sont contrôlés. Nous n’avons que 25 contrôleurs au Havre. C’est ridicule au regard des défis du commerce international, des contrefaçons ou de la circulation des drogues ou de tous les autres trafics illégaux ! ».

Recettes issues des douanes

= 20 % du budget de l’Etat

En cause « cette logique dogmatique de réduction de la dépense publique qui va donc de nouveau se fracasser contre les réalités. Cela devient décidément une habitude avec ce gouvernement. Or la dépense publique c’est un investissement sociétal, et ici, un investissement économique. Les recettes issues des douanes constituant 20 % des recettes de l’Etat ».

Au chapitre des conséquences, Alban Bruneau a aussi dénoncé « la décision de la Commissaire européenne aux transports de modifier le corridor européen maritime Nord-Méditerranée par nécessité d’en retirer les ports britanniques, mais en excluant les ports français, pour relier ceux de la République d’Irlande avec ceux de Belgique et de Hollande. Cette décision n’est pas que technocratique, elle cache comme dans le dossier du canal Seine-Nord, une volonté de l’Europe libérale de favoriser les ports du centre de l’Europe. Elle a soulevé l’indignation et entrainé la mobilisation de nombreux élus dans toute leur diversité, de notre collègue Le Bodo à Jean Paul Lecoq, en passant par Xavier Bertrand. Mais nous sommes en droit de nous demander où était notre gouvernement pendant que tout ceci a été ficelé ? ».

Avant de fustiger « une nouvelle fois le poids de cette Commission européenne élue par aucun citoyen qui cherche à diriger l’Europe comme on dirige un Conseil d’administration ».

Dans sa conclusion, Alban Bruneau a invité ses collègues « à s’interroger sur les raisons qui ont conduit un peuple à vouloir sortir de cette Union Européenne. Une Union devenue un carcan plutôt qu’une chance pour les peuples, bien éloignée de la superbe idée de coopération entre les nations pour bannir la guerre et les conflits qui avait motivé sa création ».

 2005

Référendum en France sur le projet de constitution libérale de l’Union Européenne

Non = 55 %

Occasion pour lui de rappeler : « 55 % des Français ont été dépossédés de leur vote après le référendum de 2005. Près de 15 ans plus tard, l’Union Européenne, amputée du Royaume-Uni dès 2019, minée ici et là par les populistes, ferait mieux d’être plus attentive aux besoins des peuples qui luttent pour une société plus équitable, éthique, plutôt que d’écouter ceux qui œuvrent à un monde où leur boussole indique le profit plutôt que l’humain. Dans toute l’Europe, les gilets jaunes ne sont pas loin… ».

Pour le groupe socialiste, Didier Marie a énoncé à son tour les conséquences catastrophiques d’une absence d’accord, tout en précisant que la Cour de justice européenne a trouvé une possibilité offerte aux Britanniques de revenir sur le Brexit sans vote.

Puis, « concernant les menaces sur la ligne transmanche », il a demandé « de ne pas tout mettre sur le dos de l’Etat ou du Brexit », dénonçant « le déséquilibre dans les interventions de la Région. Tous les ports de commerce non nationaux en Normandie sont désormais regroupés, mais ils ne sont pas tous égaux, ils sont mis en compétition ».

Pour télécharger l’intervention d’Alban Bruneau : DPD 2 – Brexit – AB