La vice-présidente Sineau Patry a proposé d’émettre, lors du Conseil départemental du 22 novembre, un avis favorable sur le projet de construction du parc éolien en mer au large du Tréport, mais assorti de préconisations :

  • préciser les conséquences environnementales et économiques du projet,
  • poursuivre le dialogue avec les collectivités et les acteurs afin d’aboutir à un partage de l’état initial et des conséquences du projet sur les milieux naturels et les filières économiques et notamment la pêche,
  • actualiser l’étude socio-économique sur la pêche professionnelle locale afin de mieux prendre en compte la situation locale, et y intégrer les conséquences du projet sur l’évolution de la ressource dans la zone d’études élargie qu’il a considérée,
  • limiter les impacts notamment sur la ressource halieutique, notamment lors de la réalisation des fondations et de l’ensouillage des câbles,
  • créer un observatoire de la biodiversité et un observatoire de la pêche permettant de suivre en continu leurs évolutions respectives,
  • apporter des garanties quant à l’implantation et au développement d’une filière industrielle en Seine-Maritime, créatrice d’emplois pérennes,
  • soutenir financièrement les aménagements des ports de Dieppe et du Tréport impactés par le projet,
  • veiller à des techniques qui ne fragilisent pas le pied des falaises et les falaises elles-mêmes, pour le raccordement électrique vers Penly.

Pour Alban Bruneau, « s’il ne semble pas utile de développer ici sur les enjeux environnementaux portés à travers les éoliennes marines au titre de la transition écologique, ni sur les retombées économiques que génèrera, notamment au Havre et Cherbourg, cette filière très attendue », il a tout de même insisté sur « l’importance que cette filière nouvelle puisse déboucher sur des emplois durables qui profiteront à un bassin d’emplois très affecté par la crise économique et le chômage, et sur des marchés pour les entreprises locales », faisant référence aux démarches engagées par le Député Lecoq.

Concernant « cette filière émergente qui a connu bien des vicissitudes qui ont failli la compromettre », Alban Bruneau a regretté qu’elle ait fait « les frais du Monopoly financier organisé sous l’ère Macron ministre. Un Monopoly qui a conduit à brader à l’américain General Electric et à l’allemand Siemens les parts des deux porteurs de projets nationaux qu’avait voulu, en son temps, l’Etat, à savoir Alstom et Areva ».

Il a relevé que « tout aurait du converger pour que ces projets s’appuient sur un consensus et le rassemblement tous les acteurs plutôt que de les diviser. Ce n’est pourtant pas ce qu’il s’est passé, la faute encore une fois à une certaine conception de l’action publique qui écoute davantage les grands groupes que les citoyens, les cabinets d’experts que les forces vives de nos territoires qui y vivent et en vivent ».

Et de développer : « Le rapport parle d’une large concertation, pourtant ce projet entraine en l’état, une opposition affirmée des pêcheurs et de nombreux élus locaux, dont les maires du Tréport et de Dieppe. Les pêcheurs et leurs élus ne sont pas des opposants à l’implantation de la filière de l’éolien en mer, ils demandent simplement qu’elle ne se construise pas aux dépens de la ressource naturelle, et eux, ont l’avantage de bien connaître le coin… La cause de leur opposition se trouve dans la définition de la zone arrêtée pour l’implantation du parc. Ce n’était pourtant pas compliqué de l’arrêter tous ensemble ! ».

Pour Alban Bruneau, « c’est toujours la même histoire avec ce gouvernement qui confond information et concertation. D’ailleurs nous sommes aujourd’hui appelé à rendre un avis sur un projet dont le gouvernement a d’ores et déjà signé les autorisations d’exploitation alors que l’enquête publique est en cours ! Quel déni de démocratie ! Quel Mépris des acteurs locaux ! A quoi bon organiser des enquêtes ? ».

Et de mettre en garde : « La transition écologique ne peut pas se faire sans les gens et encore moins contre eux. Nous le mesurons à travers la fronde des Gilets jaunes », avant de s’associer aux préconisations à joindre à l’avis départemental : « Des préconisations dont certaines sont clairement des réserves ».

Le groupe communiste a toutefois souhaité ajouter deux préconisations supplémentaires, par amendements, pour obtenir un diagnostic sur les impacts de la construction et du fonctionnement du parc, sur le site de la centrale nucléaire de Penly, et notamment sur ses dispositifs de sécurité d’une part. Et d’autre part, pour que l’exploitant intervienne financièrement sur un éventuel déficit d’exploitation du port départemental du Tréport qui résulterait de la baisse de son activité pêche en raison de la construction et de l’exploitation du parc. Rappelant que « qui dit moins de pêche, dit moins de recettes pour le gestionnaire avec le risque de voir l’équilibre financier de la structure voler en éclats. Qui alors interviendra pour rééquilibrer les comptes ? L’exploitant du parc éolien ou les contribuables via le budget du Département ? ».

Alban Bruneau a achevé son intervention en insistant « sur les compensations promises et attendues par les pêcheurs qui sont pour l’instant au point mort. Ces compensations pour la pêche n’ont jamais été confirmées. Pour nous donner un ordre d’idée, au Tréport, la pêche fait vivre plus de 240 familles, alors que la seule annonce locale concrète et qui concerne le centre de supervision du parc est prévu pour… 15 personnes ».

A contrario, pour le groupe socialiste, Marie Le Vern a souligné « un dialogue constructif avec le porteur de projet. Certes il y a des oppositions mais il y a aussi de nombreux élus qui voient d’un bon œil les éoliennes à l’horizon. 750 emplois directs et bien plus en emplois indirects sur un territoire en grande difficulté ce n’est pas neutre. C’est un beau projet, bon pour l’environnement et pour l’emploi ».

Même enthousiasme et même attente pour Jean-Christophe Lemaire pour la droite. Il a tenu à rappeler « le vote à l’unanimité sans réserve intervenu au sein du syndicat du port de Dieppe, y compris par les élus locaux », avant de mettre en cause « ceux qui à Dieppe sont d’accord et qui une fois au Tréport ne le sont plus ».  Ce qui n’a pas manqué de faire réagir Alban Bruneau : « Ces élus ne veulent pas opposer deux économies, mais assembler deux économies, sauf que la parole des pêcheurs n’est ni respectée ni entendue ».

Pour Dominique Métot du groupe des indépendants « c’est comme les routes et autoroutes, les prisons, tout le monde trouve ça bien mais personne en veut devant chez lui ».

Quant à Luc Lemonnier, il a souhaité réagir à l’implication du Député Lecoq dans ce projet, pour préciser qu’il n’était pas le seul : « L’implantation de cette filière sur Le Havre, c’est le résultat d’un travail de tous et notamment de Hubert Dejean de la Batie, dans une approche extrêmement transpartisane ».

A l’issue d’une suspension de séance pour étudier les amendements déposés par le groupe, le premier a été adopté à l’unanimité et le second rejeté par les voix du groupe des droites et de celui de l’écologie au Département. Le groupe des indépendants s’étant abstenu. Le rejet de ce second amendement a fait dire à Stéphane Barré : « Nous prenons acte, vous êtes prêts à faire supporter au budget du Département un déficit d’exploitation du port du Tréport à la place de l’exploitant du parc. C’est surement le signe que des réserves budgétaires existent, c’est à noter dans le cadre de la préparation de notre budget ».

L’avis favorable avec préconisations concernant ce projet a été voté ensuite à l’unanimité.

Pour télécharger la délibération : Rapport du 22 Novembre 2018 Eolien

Pour télécharger le 1er amendement du groupe communiste, adopté : Mémo délib éolien amendement 1

Pour télécharger le 2ème amendement du groupe communiste, rejeté : Mémo délib éolien amendement 2

Pour télécharger l’intervention complète d’Alban Bruneau : 2.02 – Parc éolien Le Tréport