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Le groupe communiste et républicain, Front de Gauche, au Département de Seine-Maritime s’est fortement opposé, lors du Conseil départemental du 4 octobre, à la fermeture du collège Guy Môquet au Havre.

D’autant plus que cette décision préfigure d’autres regroupements d’établissements en région rouennaise et dieppoise comme stipulé dans la délibération, voir même sur Le Havre de nouveau puisque plusieurs élus de la majorité de Droite n’ont pas écarté cette hypothèse au cours des débats.

La majorité départementale ayant refusé, comme le réclamait le groupe, de dissocier cette décision de fermeture du reste de la délibération portant sur le plan d’investissement en faveur des collèges pour les années à venir, les élus communistes et républicains ont voté contre ce rapport, finalement adopté par la Droite et le binôme indépendant de Bolbec, les élus socialistes s’étant abstenus.

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Le programme d’investissement de 356 millions d’€ sur 5 ans pour les travaux dans les collèges de Seine-Maritime, s’inscrivant dans la lignée des précédents plans pluriannuels d’investissements en faveur des conditions d’accueil et d’enseignement a été fortement entaché de l’annonce de la fermeture du collège Guy Môquet au Havre-Caucriauville.

Le groupe, vent debout contre cette décision, a fortement réagi par Jean-Paul Lecoq : « Pour le Ministère de l’Education Nationale et ses services rectoraux, il y a bien longtemps, cela ne date pas de ce gouvernement, que le ratio comptable a remplacé l’appréciation humaine et objective des situations locales. On ferme des classes dès que l’excuse des effectifs permet d’habiller la décision. Bien éloigné de l’intérêt de l’enfant, de celui des conditions d’enseignement, des spécificités des territoires, de leurs populations, de leurs besoins et problématiques, on fait dans le comptable à courte vue au lieu de faire dans l’investissement à long terme ».

Pour Jean-Paul Lecoq « cette règle austéritaire est clairement inscrite dans ce rapport d’orientation. Un collège, en l’occurrence Guy Môquet au Havre, est désigné comme devant fermer ses portes au prétexte qu’il n’atteint pas une taille critique. Ca craint ».

 Avant d’interpeller l’assemblée : « Personne n’a pensé que plus un établissement est petit, plus les conditions d’enseignement sont favorables, plus l’accompagnement des élèves et de ses parents est facilité ? Personne n’a pensé que si des écarts significatifs sont enregistrés entre plusieurs collèges d’un même secteur, ce qui au passage n’est pas le cas ici, la logique ne conduit pas fatalement à en fermer un pour surcharger les autres, mais peut conduire à délester les autres pour augmenter la fréquentation du plus réduit ? Personne n’a pensé qu’un collège classé en REP+ il y a à peine deux ans mérite des moyens supplémentaires et adaptés et pas de mettre la clé sous la porte ? Personne n’a pensé à regarder le niveau de performance, pour reprendre un mot à la mode dans votre jargon, du collège amené à être sacrifié ? Nous avons fait ce travail, d’autant que ce collège nous le connaissons bien et… il devrait vous plaire il est non seulement performant mais à bien des égards exemplaire ».

Il a rappelé que « dans un quartier où ce « vivre ensemble » est d’une impérieuse nécessité en raison des origines et des cultures très riches de ces habitants, trois collèges à taille humaine cela a du sens, vous y répondez par une fermeture. Un collège en moins, vous parlez d’une ambition ! Pour des économies vous en venez à détricoter ce qui fonde le premier maillage de proximité, le réseau éducatif ».

Et de prévenir : « Compte tenu du bien faible gain budgétaire que vous pouvez attendre de cette fermeture au regard du budget global, il est évident que ce qui compte à travers cette annonce est bien l’application à venir d’une logique de fermetures d’établissement que cautionne évidemment le Ministère de l’Education Nationale ».

Le groupe a ensuite demandé le retrait dans cette délibération de la partie relative à la fermeture du collège Guy Môquet, « fermeture qui n’a rien à faire dans ce programme pluriannuel d’investissement. D’autant plus que vous annoncez d’autres fermetures de collèges en région rouennaise et dieppoise, mais sans les nommer, sans doute parce que vous ne pouvez pas compter sur la même complicité que la Ville du Havre habituée depuis 20 ans à fermer des écoles et pas seulement parce que sa population baisse considérablement ».

Puis Jean-Paul Lecoq a mis en lumière le véritable problème masqué par cette décision : « Depuis 1995, la Ville du Havre a fait de la réduction des outils scolaires une orientation politique avec des suppressions de classes, des fermetures d’école, plusieurs collèges sont dans le collimateur. Donc ce collège d’un quartier qui, rappelons-le au passage compte une population de près de 20.000 habitants, se trouve stigmatisé et cela ne manquera pas de provoquer une anxiété sur les autres territoires cités ».

Or, « la cartographie des collèges au Havre, résulte d’une volonté politique municipale d’avant 1995 qui a largement fait ses preuves et reposant sur une logique de proximité, d’équipements de proximité ».

Avant de rappeler que « dans ce quartier très étendu, un collège central, Jules-Vallès et deux collèges à chaque extrémité, Varlin au nord et Môquet au sud, permettent une répartition des effectifs dans un souci d’équilibre. Supprimer l’un d’eux c’est prendre le risque insensé de déséquilibrer l’ensemble ».

Rappelant que la Seine-Maritime compte 6.000 places vacantes dans ses collèges, la Droite est restée sourde à ces arguments, confirmant des projets de fermeture en région rouennaise et en région dieppoise, peut-être même de nouveau sur Le Havre si l’on en juge par le constat numérique dressé par Jean-Louis Rousselin.

Les élus socialistes ont, quant à eux, quelque peu navigué à vue sur ce sujet, Nacéra Vieublé se lançant certes dans un plaidoyer en faveur du collège Guy-Môquet qu’elle a situé au passage maladroitement dans un quartier « où il ne se passe jamais rien », mais elle a cependant éprouvé des difficultés à justifier ses propos dans la presse, à l’invitation de la Droite, sur cette fermeture qu’elle avait alors qualifiée « d’inévitable… ».

Des débats assez vifs dont on retiendra également les propos de Dominique Métot, du groupe des indépendants, qui estime « qu’avec plus de 5.000 places vacantes c’est de la responsabilité publique de procéder à des ajustements d’équipements, tout en estimant que la concertation était indispensable ».

Ou encore ceux de Jean-Louis Rousselin affirmant que pour les enseignants « travailler avec des effectifs aux alentours de 200 élèves par collège, on ne sait pas faire ».

Jean-Paul Lecoq en a alors profité pour demander si « tous les collèges dont les effectifs se situent autour de 200 élèves sont menacés de fermeture ? ». Une question restée sans réponse…

Il a ensuite rappelé que « la Ville du Havre compte des milliers de logements vacants sans pour autant envisager de les détruire ». Puis il a de nouveau placé la Droite face à ses contradictions : « On fait une minute de silence en début de séance après les attentats, puis en fin de séance, on ferme des collèges ! ».

Enfin, sur la question de la concertation, la Droite confirmant qu’elle aura bien lieu, Jean-Paul Lecoq a conclu : « La concertation ? Vous désignez celui qui doit fermer et après vous allez concerter. C’est une plaisanterie ! Ajournez donc la partie de la délibération relative à cette fermeture et engagez la concertation ! ».

Il a déposé un amendement dans ce sens qui a été rejeté malgré le vote favorable des élus socialistes.

La délibération a ensuite été adoptée par la Droite et le binôme des élus indépendants, le groupe socialiste s’est abstenu, le groupe communiste et républicain du Front de Gauche a voté contre.

Le rapport et la délibération : rapport-du-4-octobre-2016-plan-ambition-college

L’intervention complète de Jean-Paul Lecoq : 4-03-interv-jpl-plan-college