Lafarge

A l’occasion d’une question orale à l’Assemblée Nationale le 3 mai dernier, le gouvernement a semblé découvrir la gravité de la situation posée par le plan de reconversion de la cimenterie de Saint-Vigor-d’Ymonville, décrété par le groupe Lafarge/Holcim… exactement 3 mois après son annonce publique et ce malgré les multiples démarches et mobilisations ayant émaillé ces 12 dernières semaines.

Un plan de reconversion qui concerne 111 emplois comme rappelé par le Ministre, mais qui impacte également 700 à 750 emplois indirects liés à cette usine de production, selon la propre estimation fournie en 2013 par la direction du groupe Lafarge que Jean-Paul Lecoq, Maire de Gonfreville l’Orcher et Conseiller Départemental a dévoilé récemment.

Pourtant, dans sa réponse, le Ministre de l’Economie Emmanuel Macron, tout comme la Préfète de Région dans son courrier au Sénateur Foucaud, ne font que justifier les arguments développés par la multinationale, ainsi que sa fusion avec le suisse Holcim, pourtant à l’origine de ce plan de casse industriel frappant l’axe Seine.

Défendant l’idée que « l’ambition industrielle ne passe pas partout par le maintien des emplois, mais par le développement d’activités nouvelles » le Ministre acquiesce explicitement à la reconversion du site de Saint-Vigor-d’Ymonville, en oubliant toutefois de préciser que « l’activité nouvelle » en question consiste à broyer du clinker importé d’ailleurs, plutôt que d’en fabriquer comme actuellement depuis la carrière du site dont les réserves sont estimées à 100 ans.

Pire encore pour celui qui devrait être le premier défenseur de l’industrie française et de ses emplois, le Ministre Macron rappelle que son action « pour la réindustrialisation du pays se traduit d’abord par la politique de compétitivité ». Appliquer à la situation chez Lafarge, cela consiste à délocaliser des productions et à supprimer des sites et des emplois en France pour accroitre la compétitivité du groupe.

  • Depuis quand fermer des usines et les transformer en simple station service concoure à réindustrialiser le pays ?
  • Depuis quand encourager des destructions d’unités de production rentables pour favoriser des productions délocalisées concoure à réindustrialiser le pays ?
  • Depuis quand couvrir des plans de restructurations et des suppressions d’emploi pour satisfaire des logiques boursières de rentabilité accrue, qui plus est au sein d’un groupe qui est déjà leader mondial dans sa partie, concoure à réindustrialiser le pays ?

Dans un communiqué publié aujourd’hui alors même que plusieurs sites Lafarge sont bloqués en France par les salariés pour s’opposer au plan national de leur direction, Jean-Paul Lecoq rappelle que dans cette affaire Lafarge, l’Etat et la Région disposent réellement des leviers pour mettre en échec ces logiques et véritablement conforter l’industrie Française à travers notamment :

  • Le montant des loyers et ses mécanismes qui défavorisent le transport fluvial, fixés par le Grand Port Maritime du Havre.
  • L’exploitation de la carrière de St-Vigor-d’Ymonville destinée dans le plan de reconversion à devenir un simple site de stockage.
  • Le recours au four de la cimenterie pour la valorisation en énergie des matériaux impropres de tout le bassin industriel du Havre.
  • Les futurs chantiers d’intérêt national de l’éolien en mer qui ont besoin du ciment local.
  • Les conséquences des engagements de la France lors de la COP21 en matière de réduction du bilan carbone, la direction de Lafarge estimant que la fermeture de son site de production au profit de l’installation d’une filière d’importation de clinker fabriqué ailleurs, entre dans ce cadre et permet d’obtenir une réduction de sa facture carbone.
  • Les versements de CICE au groupe Lafarge.

Jean-Paul Lecoq appelle le gouvernement « à cesser de se défausser en cherchant à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Les subtilités de la communication ont atteint leurs limites ! » avant de rappeler que « La politique ne vaut que si elle est en capacité d’influer sur le cours des choses. Il n’est plus l’heure de demander poliment au groupe Lafarge, en levant le doigt, de bien vouloir revenir sur son plan et se contenter de ses marges actuelles suffisamment confortables. Je l’ai déjà fait, sa réponse écrite rendue publique fut parfaitement claire quant à sa détermination.

L’heure est à la mobilisation et à la construction de la seule solution capable de sauvegarder notre cimenterie, ses savoir-faire, sa production locale et ses emplois. Cette solution : c’est une intervention directe de l’Etat et de la Région. L’intérêt national est en jeu. Assez de tergiversation. De l’action !

C’est ce que j’exprimerai le 30 mai lors de la table ronde que j’ai obtenu avec mes collègues Gilbert Le Maitre, Maire de Saint-Vigor-d’Ymonville et Thierry Foucaud, Vice-Président du Sénat, avec le soutien unanime de la CODAH et de la communauté de communes CAUX ESTUAIRE.

Nous nous y rendrons pour assurer l’avenir du site de production et non pour négocier les conséquences d’un plan social aberrant sur le plan économique, sur le plan humain et sur le plan environnemental et sociétal. »

Télécharger le communiqué de Jean-Paul Lecoq : Communiqué de presse annonces gvt