Le Conseil départemental du 18 juin était invité à étendre le nombre d’épiceries solidaires aidées financièrement par le Département mais en y consacrant le même budget. Ainsi, pour que de nouvelles épiceries solidaires soient aidées il faudrait que d’autres voient leur subvention baisser.
Alors que la pauvreté est en forte progression et que la précarité alimentaire conduit les associations à alerter sur le nombre croissant des familles qui viennent solliciter l’aide alimentaire, cette orientation voulue par la droite départementale a déclenché l’indignation de nombre d’élus, à commencer par Laurent Jacques qui s’est exprimé au nom des élus de la Gauche combative, communistes et républicaines.
« Monsieur le Président, chers collègues,
Cette délibération qui nous est proposée résume à elle seule toute la politique macroniste.
On nous propose de réduire les aides au plus fragiles, tout en prétendant jouer la carte de la solidarité. Cette pratique est d’autant plus désagréable qu’elle s’inscrit dans un contexte global qui ne cesse de plonger une plus grande part de nos concitoyens dans la précarité, quand ce n’est pas dans la pauvreté.
Ce n’est pas moi qui le dis. Ce sont les chiffres, et ils sont têtus. Le taux de pauvreté dans notre pays augmente depuis 30 ans. Et comme la population croît, le nombre de personnes concernées est d’autant plus important.
Plus de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans notre pays. Plus de 10 millions ! Parmi eux, des jeunes, des vieux, des gosses, des mamans avec enfants, des personnes seules souvent. Pour la plupart d’entre nous, la pauvreté est un concept. Et puis, parfois, à la faveur d’une campagne électorale, on s’y retrouve plongé d’un coup. J’ai le souvenir d’avoir été reçu, au Tréport, par une maman, vivant seule avec son fils, dans un appartement modeste, mais très bien tenu.
Nous échangeons ce jour-là, et au fil de la conversation, je comprends que les quelques crêpes qui se trouvent dans l’assiette posée sur la table constituent tout ce qu’elle pourra manger au cours des deux prochains jours. Il ne lui reste pas un centime pour faire les courses.
Alors pour des personnes comme elle, l’épicerie solidaire, c’est une véritable bouée de sauvetage. Pour en pousser les portes le « reste à vivre » ne doit pas excéder 8 euros par personne et par jour. Au-dessus, on est déjà considéré comme « trop riche », ou « pas assez pauvre », utilisez l’expression que vous préférez.
Je note au passage que sur les 16 épiceries soutenues par le Département, 2 se trouvent sur le canton d’Eu-Blangy, preuve, là encore, que les populations rurales ne sont pas épargnées par la pauvreté, bien au contraire.
À l’épicerie solidaire, on fait ses courses et on trouve aussi un accueil personnalisé ainsi qu’un suivi destiné à permettre de sortir la tête de l’eau et à repartir d’un bon pied. Malgré tout leur dévouement, ces tâches ne peuvent être confiées à des bénévoles.
Ce sont des professionnels qui sont en place et, fort logiquement, il convient de les rémunérer. Cela a un coût. C’est aussi un investissement, puisque l’objectif est de sortir durablement de la pauvreté les personnes concernées.
Aussi, quand je vois qu’on nous propose aujourd’hui de réduire les moyens accordés aux épiceries sociales ou solidaires, cela me hérisse le poil. Vous m’objecterez que « on ne réduit pas, on est à budget constant ».
Oui, mais on voudrait faire plus de parts dans un même gâteau puisqu’il convient à présent de couvrir les zones blanches. Bientôt, il ne restera que des miettes. Et on a le toupet de nommer cette mesure « Une politique volontariste pour lutter contre la précarité alimentaire ».
De plus, une bonification serait accordée en fonction de la « file active ».
D’autres Départements ont fait un choix différent avec des appels à projet, des conventions, fruits d’une concertation entre le Département et les porteurs de projets.
Alors oui, en tant que Maire, je connais les pressions financières qui sont exercées sur les collectivités et, en tant que Conseiller départemental, je sais que nous ne pouvons pas dépenser tous azimuts. Il faudrait dépenser un peu plus et aussi de dépenser mieux.
Il en va aujourd’hui de la dignité. La dignité des bénéficiaires des épiceries solidaires, et la nôtre aussi.
À toutes celles et tous ceux d’entre nous qui entreront tout à l’heure au restaurant pour la pause déjeuner, je vous demanderai de penser à cette tréportaise dont je viens de vous parler.
Au moment où, de manière très polie, vous souhaiterez à votre voisin de table un « bon appétit », je vous demanderai de songer à ceux qui voudraient juste mettre quelque chose dans leur assiette.
Arrêtons de demander aux plus pauvres de se serrer un peu plus la ceinture, le budget consacré aux épiceries solidaires et sociales ne soit pas partagé, mais élargi. 100.000 Euros serait nécessaire sur un budget des solidarités de 900 Millions d’euros, soit une goutte d’eau de 0,01%… »
A l’exception du groupe de droite qui a tenté de justifier une injustice, à savoir la baisse de subventions qu’entrainerait cette délibération pour plusieurs épiceries solidaires, tous les autres groupes ont dénoncé une orientation négative et demandé que cette délibération soit retirée et retravaillée en Commission. Après quelques échanges un peu vifs et une suspension de séance demandée par Laurent Jacques, le Président du Conseil départemental a retiré la délibération et annoncé un travail en commission.
Les groupes ont tenu à saluer une sage décision… à l’exception de celui de la droite qui n’avait plus de voix.
Pour télécharger l’intervention de Laurent JACQUES : Soutien aux épiceries solidaires – LJ