Pour le débat qu’il a animé en ouverture du Conseil départemental du 27 mars, le groupe des élus de droite a choisi de traiter du logement intermédiaire, comme défi de l’autonomie, pour répondre aux besoins de nos ainés et des personnes en situation de handicap.
Pour le groupe des élus de la Gauche combative, communiste et républicaine, Sophie Hervé a soutenu la nécessité de développer toute la gamme de logements adaptés aux différents âges de la vie et du vieillissement.
Elle a cependant rappelé que ce développement passait par l’existence d’un secteur public fort dans le logement et par sa capacité à financer les nouvelles constructions. Or depuis des années le logement social et ses bailleurs sont maltraités, affaiblis par les gouvernements successifs. Résultat : il existe aujourd’hui une pénurie généralisée de logements et une crise grave qui sévit.
« Comme nous l’avons exprimé à plusieurs reprises lors de l’examen de délibérations consacrées à l’accompagnement des besoins de nos ainés, nous estimons en effet que les enjeux liés au vieillissement conduisent à rechercher et à soutenir toute une gamme d’offres de logements. Une offre diversifiée et complémentaire pour répondre aux besoins spécifiques et aux attentes afin de soutenir, d’aider l’autonomie des personnes âgées.
Il s’agit là d’un projet de société, d’utilité publique, d’intérêt général pour lequel l’Etat, les collectivités locales et les bailleurs sociaux constituent des acteurs essentiels. Un projet de société qui ne peut pas trouver sa concrétisation à partir des seules réponses apportées par le marché privé, ni de cette France des « tous propriétaires » que cherchent à nous vendre certains. J’y reviendrai.
Cette offre diversifiée et complémentaire pour le logement de nos anciens, c’est le renforcement des services de l’aide à domicile, aide-ménagère comme aide médicale pour permettre un maintien le plus longtemps possible chez soi, dès lors évidemment qu’on le souhaite et qu’on le peut.
C’est l’habitat inclusif pour bénéficier d’une vie sociale, de services partagés, tout en disposant de son propre logement.
C’est l’offre de logement en béguinage qui offre un cadre de vie adapté aux personnes âgées.
C’est l’habitat intergénérationnelle qui constitue une réponse nouvelle, riche sur le plan humain, pour accueillir différentes générations qui ne partagent pas le même habitat mais qui vivent dans un même ensemble.
C’est l’offre de logement en résidence autonomie.
Sous les effets du progrès des sciences, de la médecine, nous sommes amenés à vivre plus longtemps. Les plus de 60 ans représentent 28% de la population. Cette part a presque doublé depuis les années 50.
Depuis dix ans, elle dépasse même celle des moins de 20 ans…
Cette espérance de vie prolongée est bien sur heureuse !
Sauf que notre pays a pris un retard considérable pour s’adapter au vieillissement et répondre de manière adaptée aux besoins spécifiques de nos ainés. Il y a urgence pour passer à la vitesse supérieure.
Ceci étant précisé, il nous parait indispensable pour répondre aux besoins de nos ainés de préserver une réponse publique forte à partir d’un secteur du logement social renforcé.
On ne peut pas prétendre œuvrer durablement pour l’habitat adapté de nos anciens, à chaque stade du vieillissement, en misant tout sur le privé.
Or, depuis la loi ELAN d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, le logement social est affaibli, ses acteurs sont affaiblis. Nos collectivités aussi d’ailleurs. Et cela a contribué à connaitre la plus grave crise du logement que notre pays affronte depuis la Libération.
Et dire qu’Edouard Philippe parle maintenant d’une bombe sociale à retardement en évoquant la crise du logement. Il ne manque pas d’air !
En entendant le candidat Philippe il y a quelques jours aux côtés du candidat Darmanin, on comprend qu’ils ne comptent d’ailleurs pas en rester là. Le logement social est toujours dans le viseur.
Ils rêvent comme Sarkozy en avait rêvé avant eux d’une France où tout le monde serait propriétaire…
Leur entreprise de démolition est en marche, en ignorant que le modèle Français basé sur une économie mixte publique/privée dans le secteur du logement constitue un atout considérable qui a fait ses preuves depuis 1945.
Sarkozy et sa ministre du logement Boutin avaient déjà voulu y mettre fin. Quand ils ont creusé le sujet en constatant qu’en Angleterre la fin du logement social sous Thatcher avait conduit à la plus grande vague de pauvreté et de sans-abris qu’ait eu à connaitre le pays, ça les a calmés.
Un frein renforcé par la volonté à la même époque de pays comme l’Allemagne et l’Espagne de se doter d’un secteur public du logement inexistant alors.
Et quand la crise immobilière et financière de 2008 a failli faire sombrer tout le système capitaliste, ils ont abandonné l’idée.
Avec les candidats Philippe, Darmanin et leurs copains voilà que ça les reprend. L’un deux, Kasbarian, vient d’ailleurs de déposer une proposition de loi « pour mettre fin au maintien à vie dans le logement social ». C’est son titre.
La loi MOLE existant déjà pour restituer des logements sociaux devenus sous-occupés, Habitat 76 l’applique d’ailleurs, cette notion de maintien à vie s’adresse donc uniquement aux personnes âgées de plus de 65 ans ou en situation de handicap ou tout locataire ayant une personne en situation de handicap à sa charge sous le même toit.
La loi actuelle les protégeant, en effet, ils ne peuvent pas être contraints de quitter leur logement. Avec Kasbarian, dehors tout le monde !
Et ce n’est pas tout puisqu’il entend étendre les surloyers, le SLS, pour pousser dehors plus de locataires.
Des positions qui d’ailleurs sont clairement affichées également par le Rassemblement National qui entend faire disparaitre le logement social, purement et simplement.
Alors avec eux et des positions comme celles-là, on n’a pas fini de ramer pour développer le logement intermédiaire pour répondre à l’enjeu sociétal de l’autonomie des personnes âgées !! ».
Pour télécharger l’intervention de Sophie HERVE : Le logement intermédiaire et le logement social – SH